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Finir en Beauté

FANTASIA 2012 (4 de 4)

Du 19 juillet au 9 août 2012, Montréal

lundi 13 août 2012, par François Legault

L’édition 2012 du festival Fantasia est maintenant terminée. Lors d’un visionnement à la salle J.A De Sève cette semaine je me questionnais sur une donnée statistique lue récemment dans le journal. Le Canadien moyen se déplace pour assister à une moyenne de 2 à 3 films par année au cinéma. Assis dans la salle lors de la projection de The Fourth Dimension je me rendais compte avec surprise que je ne me tiendrais pas très loin de cette moyenne s’il ne s’agissait du festival Fantasia. Je me suis même demandé si les projections du festival comptent pour ce type de statistiques. Le cinéma régulier et son personnel endormi, ses salles énormes à moitié vides et ses publicités interminables et déplaisantes ne se questionne pas suffisamment sur ces statistiques. La magie qui opère lors des projections de Fantasia ne peut se comparer à celle du cinéma grand public qu’on visite à tout moment de l’année. Les gens dans la file, à la billetterie, dans les salles et dans les restos et cafés à proximité du festival n’ont qu’un sujet de conversation ; le cinéma. Quand on assiste seul à un film on se plait à les écouter discuter, on a envie de leur répondre, de prendre part aux discussions.

On rencontre parfois des gens qui donnent l’impression de vivre jour et nuit depuis plusieurs semaines dans la salle. Une passion partagée du cinéma fait vibrer tout le monde et c’est ce qui rend les quelques semaines de festival si précieuses à mes yeux. Depuis dix ans déjà emoragei fait partie des invités du festival Fantasia. J’ai le plaisir chaque année d’assister à la conférence de presse et de partager mon engouement pour le festival et mes impressions sur les films auxquels j’ai la chance d’assister. Une fois par semaine, je m’assois devant l’ordinateur quelques heures pour écrire mon texte hebdomadaire. Ce sera toujours pour moi un honneur de le faire et je me considère très privilégié d’être le bienvenu chez eux. Cet été, j’agrémente ce moment de détente béni des dieux d’une bonne bière et je fais tourner quelques disques vinyles. Trêve d’émotions, voici sans plus tarder un retour sur cette dernière semaine de cinéma riche en découvertes.

J’ai assisté jeudi à la projection du film d’animation A Letter to Momo. Il s’agit d’un film familial très mignon semblable au classique d’Hayao Miyazaki My Neighbor Totoro. Les décors sont riches et les images à couper le souffle. Ça fait du bien de voir des films en 2d avec la tendance de tout faire en 3d depuis les succès des films de Pixar ainsi que des séries Ice Age et Shrek. Il est plus facile de dire d’une œuvre qu’elle est faite à la main quand ladite main ne passe pas le plus clair de son temps à cliquer sur une souris. A Letter to Momo ne partage pas grand-chose avec le précédent film du réalisateur Jin-Roh qui s’adressait lui à un public plus âgé. La fillette de l’histoire s’adapte à une nouvelle vie dans le village où sa mère a grandi. Elle reçoit la visite de trois esprits qui l’aideront à vivre le deuil de son père. Un de ses trois nouveaux amis se joue dans le nez et pète sans arrêt, on reconnait là un style propre aux Asiatiques. Le film regorge de moments mignons et se veut très émouvant parfois. Une réussite, une petite merveille qu’on peut apprécier avec ses enfants.

La salle riait beaucoup lors de la projection de Grabbers. Une policière qui suit à la lettre le protocole est transférée dans une petite ville portuaire pour la durée des vacances du commissaire de cette dernière. Elle doit faire équipe avec un enquêteur alcoolique quand des sangsues extra terrestres sortent d’un météorite atterri dans l’océan. Ces derniers ont besoin d’eau et de sang pour survivre mais ont en horreur l’alcool. Le film rappelle beaucoup Shaun of the Dead par moments bien que l’action y soit un peu moins constante. Les dialogues font flèche et font rire, le jeu des acteurs brille de justesse et les effets spéciaux sont impressionnants. On n’a pas réellement peur pour les personnages étant donné que les sangsues ont plutôt l’air mignonnes. On pourrait aussi comparer ce film à Gremlins ou Mars Attacks ! Je ne sais pas trop quoi penser de The Fourth Dimension. Le film était présenté à guichets fermés, comme ce fût le cas pour Doomsday Book. Trois réalisateurs différents, un américain, un russe et un polonais devaient nous faire voir une partie de la quatrième dimension sans nous en révéler le secret. Le premier des trois courts métrages est de loin le plus drôle. Val Kilmer y joue son propre rôle. Il affirme en avoir assez du métier d’acteur et agit à titre de motivateur au sein d’une petite communauté. Les gens lui vouent un culte comme s’il était un dieu et il ne leur dit que des âneries qu’ils se plaisent à répéter. On s’attend à ce qu’il leur extorque de l’argent à un moment ou l’autre mais il n’en est rien. Il vit en ne songeant qu’au bonheur de son prochain et se balade en BMX avec sa fille dans les rues d’une banlieue. C’est à crouler de rire. Ce sont de loin les meilleures trente minutes que j’ai passé en salle au festival cette année. Le second court est beaucoup plus sérieux, on y voit un scientifique étrange qui invente une machine pour visionner des moments du passé. Il ne voit pas ce qu’il veut et se fâche souvent. On ne voit pas réellement ce qu’on devrait voir non plus. Je crois que c’est une façon du réalisateur de nous faire partager indirectement les sentiments du personnage. Le dernier segment quant à lui nous fait vivre une journée dans la vie de quatre adolescents demeurés qui sont restés dans une ville suite à l’évacuation d’urgence de cette dernière. Ils s’amusent car ils sont seuls dans une ville fantôme, mais ils son tellement idiots et antipathique que le film est une longueur en soi. J’avais envie de les tuer. Je crois qu’il s’agit là de mes trente pires minutes au festival cette année. Le meilleur et le pire dans le même film, curieux non ?

Le film australien Hail ne m’attirait pas énormément, mais j’ai eu envie de le voir après avoir lu une entrevue avec le réalisateur sur le site web du festival. Il s’agit d’un drame un peu violent par moment qui décrit la vie d’un prisonnier âgé qui retrouve la femme de sa vie après sa sortie de prison et tente de se faire une place dans la société en gagnant sa vie honnêtement. Évidemment, ce n’est pas facile pour lui de se trouver un emploi et son passé ne tarde pas à le rejoindre. Les scènes qu’on dit violentes se font toutefois rares dans le film. Il faut plutôt voir ce dernier comme un long poème visuel. La caméra s’attarde longuement sur des éléments du décor et les sons ambiants prennent beaucoup de place. En fait, il se passe bien de choses dans le film si on s’attarde à la trame narrative, mais ces longs moments où le film tombe dans la lune à notre place sont d’une rare beauté. Le seul film que je me souviens avoir vu auquel je pourrais comparer Hail serait The Loss of Sexual Innocence de Mike Figgis. Il s’agit là d’un compliment bien sûr, mais Hail demeure néanmoins un film difficile d’écoute qui ne s’adresse pas à tout le monde.

J’ai beaucoup aimé Turn Me On Goddammit ! Le film a été présenté deux fois dans une salle pleine à craquer. Cette comédie à caractère sexuel se rapproche plus de Ghost World que de American Pie. L’humour n’est pas nécessairement sombre, mais intelligent. L’héroïne vit dans une ville reculée en Norvège et s’amuse à fantasmer à chacun de ses moments libres, en d’autres termes souvent. Elle s’ennuie et cherche le réconfort dans ses rêveries érotiques. Un moment m’a particulièrement fait rire. Elle appelle souvent une ligne érotique si bien que l’homme au bout du fil la reconnait toujours. Elle l’appelle un soir simplement pour discuter de ses problèmes et on s’attend à ce qu’il la console, mais il lui conseille plutôt de noyer son chagrin dans l’alcool. C’est une comédie un peu légère, mais comme elle nous provient d’Europe on ne sait jamais trop ce à quoi s’attendre, si la censure nous permettra ou non certains excès. On est surpris à chaque fois.

Au sortir des salles, les spectateurs sont toujours invités à voter pour leurs films préférés sous diverses catégories. Un jury décerne des prix et des mentions aux films les plus appréciés et le public aussi a son mot à dire. Je suis toujours surpris de voir que les films gagnants ne sont jamais les mêmes que ceux auxquels j’ai accordé mon vote. Marc Lamothe, un des programmateurs du festival m’a un jour dit qu’il trouve qu’emoragei et Fantasia partagent une mission assez semblable ; faire connaître les artistes émergents de par le monde et partager les découvertes. Même dans un festival de films comme Fantasia, emoragei trouve le moyen de tripper sur autre chose que la majorité des spectateurs et médias. Ce qui me fait encore plus plaisir, c’est que je vais maintenant tenter de voir tous ces autres films que j’ai manqué et qui ont ravi le cœur des autres spectateurs lors de leurs sorties respectives en salles ou en DVD. C’est donc la fin pour cette édition 2012 de Fantasia. Je vous donne à tous rendez-vous l’année prochaine du 18 juillet au 6 août 2013 pour une autre fantastique cuvée de cinéma.

- Meilleur film asiatique : Smuggler
- Meilleur film européen ou Nord/Sud américain : Turn Me On Goddammit !
- Meilleur court métrage : The Expanded World (DJ XL5)
- Meilleur film québécois ou canadien : The Tall Man
- Meilleur film d’animation : Wrinkles
- Meilleur documentaire : Je n’en ai vu aucun cette année
- Film le plus innovateur : The Fourth Dimension
- Prix Guru pour le film le plus énergique : Quick

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