[] [] [] [] [] []

SALON DU DISQUE ET DES ARTS UNDERGROUND DE MONTRÉAL

Accueil du site > Cinéma & DVD > FANTASIA 2011 > FANTASIA 2011 (4ième et dernière partie)

L’heure des bilans a sonné

FANTASIA 2011 (4ième et dernière partie)

Du 14 juillet au 7 août 2011, Montréal

jeudi 11 août 2011, par François Legault

Le festival Fantasia maintenant terminé, l’heure est venue de passer en revue les moments marquants de la dernière semaine de festivités. Les chiffres exacts sont encore à venir, mais l’équipe du festival peut d’ores et déjà affirmer avoir accueilli plus de cent mille personnes dans ses salles cette année. Fantasia prend de plus en plus d’ampleur chaque année et contribue grandement à faire rayonner les aspects touristiques de notre belle grande ville. En plus de sa collaboration à nouveau cette année avec la cinémathèque québécoise, Fantasia a aussi présenté cette année un film muet en noir et blanc accompagné en musique par un orchestre symphonique au théâtre Maisonneuve de la place des arts. Plusieurs programmes ont également été présentés gratuitement à la belle étoile en plein cœur du quartier des spectacles. Diverses conférences et colloques ont eu lieu au Bar Reggie’s afin de venir en aide aux cinéastes amateurs ou professionnels et d’attirer les cinéphiles curieux. D’innombrables invités artisans du septième art en provenance de divers recoins du globe ont répondu aux questions de ceux et celles qui se sont déplacés pour assister aux nombreuses premières. L’édition 2011 de Fantasia s’est vue couronnée de succès par ses salles pleines et sa foule enthousiaste et fidèle. Lors de la présentation de DJ XL5’s Rockin’ Zappin’ Party, Marc Lamothe a demandé aux nouveaux venus de lever la main et près de la moitié des 900 personnes présentes assistaient pour la première fois à son programme. C’est de très bon augure pour Fantasia qui continuera sans aucun doute à nous surprendre lors des prochaines éditions. Voici maintenant un bref retour sur les quelques films que j’ai eu l’occasion de visionner lors des ces 10 derniers jours de projections.

Le drame Wasted on the Young dépeint une réalité assez effrayante du milieu scolaire et de l’adolescence. L’action s’y déroule dans un collège privé renommé où une jeune fille se fait violer par un groupe dans une fête. Les jeunes coupables jouissent d’une popularité donc d’une réputation exemplaire au sein des leurs et l’opinion des autres jeunes du collège penche instantanément en leur faveur quand la rumeur du viol s’y propage. Les jeunes du collège salissent la victime à l’aide de réseaux sociaux comme Facebook et démontrent que rien n’a vraiment changé depuis toujours sur les bancs d’école. Ce qui est remarquable avec ce film c’est la totale absence de parents et d’adultes. Quiconque a connu l’humiliation ou la persécution par ses semblables au secondaire se souvient à quel point les adultes sont inutiles dans ce type de conflit. Quelle meilleure façon de démontrer l’impuissance des adultes face aux conflits des jeunes que de les exclure totalement de la scène ! Ce film en est un de vengeance, de représailles bien calculées qui se savourent lentement. À voir.

J’étais assez surpris de voir la salle pleine à onze heures le matin un dimanche pour la présentation de Redline. Bon, il va sans dire que les dessins animés sont de plus en plus rares au festival bien qu’ils sont en fort partie responsable du succès de celui-ci. Le dernier né des studios Madhouse est une vraie bombe. Ceux qui se rappellent le film Dead Leaves y retrouveront la même verve et la même qualité au niveau des dessins. Dead Leaves ne bénéficiait cependant pas d’un bon scénario, on aurait dit un long vidéo-clip d’action sans logiques ni buts apparents. Ce n’est heureusement pas le cas de Redline qui est sans contredit mon film d’animation préféré cette année. Les personnages hauts en couleur se livrent un combat sans merci lors des courses et les moments hors compétition qui constituent la moitié du film nous en mettent également plein la vue. Énormément d’idées ont été lancées lors de l’écriture du film et chacune y a trouvé sa place. Les armes qui diffèrent d’une voiture à une autre, les personnages et les flashbacks sur leurs passés, la course sur une planète interdite, l’armée qui barre la route et les secrets militaires hors de contrôle, toutes ont contribué à faire de ce film un succès. Lors de la scène finale, on pouvait confondre la foule en délire dans le film et celle de la salle de cinéma, c’est la première fois que j’assistais à une telle réaction de folie. Tout le monde criait, sifflait et applaudissait. On n’entendait plus rien du film jusqu’au générique et une certaine euphorie régnait alors que les cinéphiles quittaient la salle, un large sourire aux lèvres.

Mon attirance pour les films thaïlandais m’a forcé à demeurer sur place après Redline pour voir Bangkok Knockout, bien que le soleil à l’extérieur m’invitait à me priver de films pour le reste de la journée. Je n’ai pas eu à patienter longtemps avant de rejoindre ce dernier. Je m’explique. Bangkok Knockout est un film de cascades extrêmes et d’arts martiaux. Je ne doute point du talent des cascadeurs, mais ces derniers sont également les acteurs du film. Tant ils semblent doués pour les cascades, tant ils sont mauvais acteurs. Le film était d’une banalité écœurante. Nul. Je n’ai malheureusement pas tenu jusqu’à la première cascade, qui était sans le moindre doute parfaitement réussie. J’ai enduré vingt longues minutes de mauvais jeu de la part des acteurs qui rappelaient un groupe d’enfants qui tente de jouer un jeu dont ils ignorent les règles. C’était décousu et insipide. Ce réalisateur devrait se contenter de faire des vidéo-clips. Ong-Bak n’était pourtant pas si mal, mais à bien y penser l’histoire ne valait pas les cascades.

Le film finlandais Lapland Odyssey est une comédie originale et assez intéressante. Le personnage principal est un raté. On ne connaît pas toujours l’emploi du temps des héros dans les films, mais dans celui-ci on insiste beaucoup pour nous dire que dans cette ville enneigée il n’y a pas plus d’emploi que d’ambition, que le taux de suicide est élevé et que de ne pas voir d’emploi est tout à fait normal. On se plaît quand même à détester ces antihéros qui prennent plaisir à profiter des autres et à ne rien faire pour aider. Les trois amis qu’on suit dans ce film partent en pleine nuit à la recherche d’un convertisseur de signaux numérique pour la télé analogue d’un des leurs qui s’est vu menacé de célibat par sa bien-aimée. Ils feront chemin faisant la rencontre de plusieurs individus étranges, dont des chasseurs russes et une équipe de rugby féminine. Le film se compare un peu à ceux d’Harold et Kumar mais se démarque par son paysage hivernal et ses vedettes peu charismatiques.

Mitch Davis a convié plusieurs réalisateurs à venir présenter leurs courts métrages sombres et sanglants pour l’édition 2011 de Small Gauge Trauma. Présenté à seize heures un mercredi, l’événement n’a pas attiré autant de personnes que je l’aurais souhaité. Je considère personnellement ces projections comme incontournables et j’aimerais bien voir Mitch Davis connaître un succès semblable à celui de DJ XL5 avec celles-ci. Nous étions tout de même près d’une centaine à partager avec le programmateur ses sélections particulières de films noirs. Le court Good Morning Beautiful nous fait connaître le point de vue d’un homme dont la réalité chavire. On a l’impression que tout le monde devient fou autour de lui alors que c’est lui qui dérape. Le film est un bijou, une merveille. Si le réalisateur se consacre à un long métrage, nous avons pour sûr trouvé un successeur aux David Lynch et Cronenberg de ce monde. Le court Picnic aussi impressionne. Un homme emmène sa petite famille dans une forêt qu’il a connue dans son enfance, mais une guerre a tout changé et le terrain miné représente désormais une menace pour les siens. Incubator nous met dans la peau d’un homme qui se réveille dans un bain plein de glace avec une longue cicatrice sur l’abdomen. Sur la glace de la chambre d’hôtel où il se trouve, il peut lire merci et il sent quelque chose bouger en lui. Je crois que j’ai vendu le punch, mais c’était à vous d’être là. Le dessin animé espagnol Birdboy était à la hauteur du somptueux CatSoup (Nekojiru-So) qui s’est valu le prix du public lors d’une édition antérieure du festival. Play Dead mettait en vedette des chiens, seuls survivants à la suite d’une invasion de zombies. Waffle et Sophie Gets Ahead se voulaient tout aussi drôles que dégoûtants. Après tout, Small Gauge Trauma n’est-il pas le fruit d’un esprit malade ?

Paul Campion, un réalisateur de Nouvelle-Zélande a présenté son film The Devil’s Rock en première nord-américaine. En 1944, des commandos sabotent les installations allemandes de petites îles dans le but d’attirer l’attention d’Hitler ailleurs qu’en Normandie. L’un des soldats affectés à ces missions se retrouvera en présence d’un SS particulièrement débile qui flirte avec les forces occultes dans le but de trouver l’arme ultime de la guerre. Le démon que celui-ci courtise ne peut se déplacer que sur terre, d’où l’idée de l’invoquer sur une île. Le démon peut prendre la forme qu’il désire et tentera de séduire le soldat en prenant les traits de sa femme décédée. Le premier film de Paul Campion est remarquable. Les dialogues et la photographie sont empreints d’un surprenant réalisme et l’on sent que ce n’est pas la dernière fois qu’on entendra parler de lui. Le démon sous sa vraie forme apparaît un peu folklorique et rappelle même le personnage de Hellboy mais le film tient la route. Il me rappelle l’excellent film français Maléfique dans lequel des prisonniers tentaient de s’évader grâce aux incantations d’un livre qui venait de l’enfer.

Le dernier film que j’ai eu l’occasion de visionner à Fantasia fut Haunters. Le film coréen raconte l’histoire d’un garçon né avec un don particulier fort dangereux. Il peut arrêter le temps avec son regard, les victimes n’ont même pas à le croiser. Il s’agit que lui puisse les voir pour que leurs vies s’immobilisent. Ce personnage qui a perdu ses parents et vit seul depuis toujours survit en volant de l’argent dans divers commerces jusqu’à ce qu’il fasse la rencontre d’un homme sur lequel son pouvoir n’a aucun effet. Les deux hommes se feront la guerre et poursuivront sans relâche, l’un ne voulant que justice et l’autre survivre. Comme d’innombrables films coréens avant lui, Haunters se veut la victime de ses moyens. L’idée est bonne, le scénario un peu moins. Je me suis longtemps demandé pourquoi les américains font des remakes des bons films asiatiques plutôt que de les doubler. Haunters fait partie de la réponse. L’idée tape à l’œil dès le début, mais s’essouffle assez vite aussi. Une fois que l’on sait qui est le bon et qui est le méchant le film ne présente que peu d’intérêt. La finale du film est d’une aberrante nullité. Les cinq dernières minutes du film ruinent ce que celui-ci s’est efforcé à construire. Imaginez que vous écoutez dans la même soirée tous les films de la série Scanners ; le premier est parfait, mais le reste complètement nul. Ce film résume l’expérience, mais en moins de cent minutes. L’histoire ne va pas plus loin que l’idée.

Je termine mon texte en mentionnant Scanners car c’est selon moi un des filons les moins bien exploités de l’histoire du cinéma. Le premier film de David Cronenberg présente un potentiel incroyable qui pourrait facilement se voir élargi tant dans les mondes du cinéma que dans celui des jeux vidéos. J’ai ouï dire que le réalisateur du premier film Saw est présentement à l’œuvre et tentera bientôt de ramener les scanners au cinéma. Peut-être même que nous aurons l’occasion de voir le nouveau film sur les écrans de Fantasia en 2012. Si le nom Scanners ne vous dit rien ou si la mémoire vous fait défaut, prenez le temps de voir ou revoir ce classique de Cronenberg. Plusieurs autres films ont vu le jour mettant en vedette les scanners après ce premier, mais je vous avertis, vous serez déçus. C’est pire encore que la série des films The Prophecy mettant en vedette Christoper Walken. Je crois que je m’éloigne du sujet, mais… c’est que Fantasia réunit les fous de cinéma moins d’un mois seulement par année quoique ceux-ci le sont en permanence. Rendez-vous, souhaitons-le, l’année prochaine !

Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0