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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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FANTASIA 2010 (pt. 3 de 3) – Du Jamais Vu !

Du 8 au 28 juillet 2010 à Montréal

samedi 31 juillet 2010, par François Legault

Le festival Fantasia vient tout juste de se terminer et l’on ne voit défiler sur leur site internet que de bonnes nouvelles ; record d’assistance, salles combles. Succès après succès, le festival s’attire les honneurs et une reconnaissance bien méritée au niveau international. Qui aurait cru à l’époque de ses débuts que Fantasia se verrait attribué un tel mérite, un tel prestige et une telle réputation que celle qu’on lui connaît aujourd’hui ?

Il y a de cela quelques années quand le cinéma impérial a fermé ses portes pour rénovations et que le festival a dû déménager au théâtre Concordia, l’équipe peinait à trouver suffisamment de subventions pour se permettre d’élargir ses horizons. Chaque année on nous annonçait la venue de nouveaux commanditaires et l’équipe de Fantasia parvenait à tirer son épingle du jeu si bien qu’elle mérite amplement tout le bien qu’on peut dire d’elle.

C’est avec une grande joie et une certaine fierté que l’équipe d’emoragei a répondu à l’invitation du festival et s’est à nouveau rendue sur place cette année afin d’assister aux représentations de plusieurs films et spectacles faisant partie de sa programmation. Il va sans dire que cette année en fut une toute spéciale pour le festival vu la diversité du programme tant au niveau des films que des lieux de diffusion. Quelques événements ont été présentés dans l’enceinte du célèbre théâtre Rialto, plusieurs films ont été projetés à la cinémathèque, DJ XL5 s’est même payé le luxe d’une soirée au cinéma impérial, lieu culte pour quiconque a connu le festival dès ses débuts.

Voici donc une courte rétrospective des quelques films que j’ai eu l’occasion de visionner cette année. Un voyage effectué durant les deux premières semaines du festival et un horaire de travail plutôt chargé m’ont empêché de voir plusieurs des films qui m’intéressaient, mais je suis quand même parvenu à faire de belles découvertes.

La première projection à laquelle j’ai assisté fut celle de Raging Phoenix, une comédie d’arts martiaux thaïlandaise dans laquelle on pouvait s’attendre à des chorégraphies de combats assez impressionnantes. Je dois avouer que le film qui n’était pas à la hauteur de sa bande-annonce m’a plutôt déçu. La qualité de l’image et la justesse des chorégraphies de combats ne suffisaient pas à faire du film une réussite. Le scénario du film était d’un ridicule sans pareil et le jeu des acteurs d’une aberrante nullité. Ce fut néanmoins un moment agréable étant donné les réactions du public qui riait à s’en tordre les boyaux. La bande-annonce du film donnait l’impression qu’il s’agissait d’un film sérieux alors que c’était tout le contraire. Par exemple, pour donner une idée de la faiblesse du scénario, on apprend au début du film que de jeunes femmes disparaissent et se font kidnapper pour ensuite être enfermées par un gang de criminels. On serait porté à croire qu’il s’agit là d’un réseau de prostitution, ce qui était sans doute l’idée première du réalisateur qui doit certainement être un enfant de treize ans. Les ravisseurs décèlent en fait leurs victimes à leur odeur particulière, ils extrairont ensuite l’eau de leur corps en les faisant pleurer pour en faire un parfum hautement aphrodisiaque. On peut voir au début du film des scènes d’ivresse au combat, une technique qu’apprend l’héroïne pour ne plus s’en servir par la suite, le réalisateur ayant sans doute voulu passer à autre chose. Un navet des plus amusants.

J’ai ensuite vu le film français La Meute, un bijou d’humour noir sordide. L’actrice Yolande Moreau qu’on a pu admirer déjà dans plusieurs films de Jean-Pierre Jeunet y tient le rôle d’une tenancière d’auberge bougonne qui nourrit des golems, sorte de revenants épouvantables, du sang d’innocentes victimes qu’elle pend, lacère ou découpe. L’histoire est assez banale dans son ensemble mais la force du film réside dans son humour très noir et ses idées très originales. Plusieurs techniques de narration exploitées dans ce film m’étaient totalement nouvelles et m’ont beaucoup étonné. On ne peut prévoir la séquence suivante bien que l’idée générale du film ait été maintes fois exploitée. Certaines des blagues ou subtiles drôleries du film sont à se rouler par terre. On y voit par exemple deux motards très violents et intimidants dans leur intimité ; l’un d’eux boit et empile des cannettes de bière tandis que l’autre tricote. Cette scène est très courte et je suis persuadé que plusieurs autres détails semblables m’ont échappé durant cette première écoute. Je vous recommande vivement ce film foisonnant de bonnes idées qui n’est pas très violent ni sanglant malgré les apparences mais très bien écrit et réalisé.

Le théâtre Rialto présentait en l’espace d’une soirée plusieurs courts métrages pour lesquels Steven Severin, ex-membre du groupe Siouxsie & the Banshees et président cette année du jury, présentait une trame sonore bien à lui préalablement composée pour les films. Le Sang du Poète, un film de Jean Cocteau datant de 1930, faisait office de pièce maîtresse. La musique du compositeur se fondait très bien dans l’image et les deux œuvres semblaient faites l’une pour l’autre. Le théâtre Rialto était un choix judicieux pour ce genre de programme qui semblait doucement nous plonger dans un sommeil entre deux époques. Le film prévu pour huit heures à l’horaire ne débutait que près de deux heures plus tard ce qui a malheureusement fait fuir plusieurs cinéphiles. Deux pauses de quinze minutes durant le programme se succédaient dont la seconde vers minuit et quart, je n’ai donc pu assister à la troisième partie du spectacle qui commençait à m’ennuyer. Steven Severin est certes un grand compositeur mais il n’est pas aussi doué pour la scène. Heureusement qu’on visionnait un film car on ne le voyait que rarement cliquer sa souris, n’ayant que son portable pour seul instrument.

L’une des plus belles découvertes en ce qui me concerne cette année fut le film Summer Wars, un somptueux dessin animé japonais. Conservant pour toute sa durée un rythme qui garde en haleine ce film débordant d’action et de belles couleurs m’en a mis plein la vue. Le film a d’ailleurs été élu meilleur film d’animation par le public cette année. On y voyait un jeune garçon doué en mathématique en visite auprès de la famille d’une amie affronter un terroriste sur l’internet. Le scénario lui-même peut sembler un peu étrange et ne donnerait sans doute pas un bon roman mais vaut de l’or sur grand écran. La dernière fois qu’un film d’animation m’a séduit à ce point, je crois qu’il s’agissait du Voyage de Chihiro de Hayao Miyazaki. J’ai pourtant vu beaucoup de films d’animation entre les parutions de ces deux titres dont le superbe Mindgame mais, croyez-moi, Summer Wars est un chef d’œuvre.

Le très angoissant The Perfect Host a su tenir ses promesses et rendre honneur à l’étonnante bande-annonce qui a attiré suffisamment de curieux pour remplir deux fois la salle où il était présenté. Le personnage principal, un voleur de banque poursuivi par la police qui se réfugie chez un homme qui, à première vue, semble très ordinaire et banal mais se révèle un psychopathe des plus dangereux. Le poids des mots lors du dialogue entre les deux hommes est tel qu’on est rivé à son siège nous imaginant avec horreur ce qui va bien pouvoir se passer ensuite. Les péripéties sont toujours des plus imprévues ce qui confère à ce film une atmosphère exaltante. Il y a bien une ou deux situations où le film manque un peu de sens ce qui laisse à penser que des scènes ont été retirées au montage. Le film n’en demeure pas moins excellent et vaut son pesant d’or.

En grande première lors de la dernière soirée du festival deux superbes films relatant la vie du gangster Mesrine ont été présentés. Mettant en vedette Vincent Cassel dans ce qui pourrait être le plus grand rôle de sa carrière, les films s’éloignent suffisamment des classiques du genre pour se tailler une place bien à eux au firmament des films de gangsters. Sans ressembler au Parrain ou à Pulp Fiction ni aux soporifiques téléséries québécoises, les films racontent l’histoire de Mesrine telle qu’il l’aurait sans doute lui-même. En s’attardant longuement à une conversation entre criminels ou à la couverture médiatique dont jouissait l’homme et en nous le montrant inquiet à l’hôpital dans l’attente de la naissance de son premier enfant pour ensuite nous apprendre qu’il est père une troisième fois à peine cinq minutes plus tard, le film accorde une importance à ce que Mesrine lui-même considère important. Gérard Depardieu, d’ordinaire beaucoup trop présent dans le cinéma français nous livre ici une performance remarquable renouvelant du coup la fraîcheur de l’acteur. Remercions toutefois le ciel qu’on nous ait épargné de la présence de Rémy Girard. Le premier des deux films se veut très intéressant et débordant d’action mais n’arrive pas à la cheville du deuxième qui déborde d’humour cinglant et de moments mémorables. Ne manquez pas ces films lors de leur sortie en salle. Le Québec ne nous livre pas assez souvent une marchandise aussi solide.

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