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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

Plein la vue

Fantasia 2008

Deuxième Semaine

vendredi 18 juillet 2008, par François Legault

Une deuxième semaine d’intense cinéma déjà derrière nous, il est maintenant temps pour notre rendez-vous hebdomadaire. Plusieurs excellents films ont pris l’affiche cette semaine. On a rarement l’occasion dans l’année de retracer ces bijoux qu’on a vus ou dont on a entendu parler sans avoir la chance d’être présent lors de leur projection. Bien qu’on puisse assister à des premières mondiales ou canadiennes lors du festival, la dure réalité fait parfois en sorte que les films projetés ne trouvent pas de suite à leur distribution pour des raisons financières. De plus, le public et l’équipe fantastique de Fantasia font en sorte que chaque projection est un moment spécial pour ces films soigneusement choisis. Il est donc primordial de profiter au maximum de ce festival unique en son genre au Québec étant donné qu’il faut bien s’avouer que le reste de l’année est plutôt fade pour les cinéphiles. Sans plus tarder, voici un compte-rendu des quelques projections auxquelles l’équipe d’Emoragei a eu l’occasion d’assister cette semaine.

Jeudi le 10 juillet, Mitch Davis, un des programmateurs vedettes du festival, nous conviait à sa sélection personnelle de courts métrages sombres et dérangeants lors de la projection de Small Gauge Trauma 2008. Cet événement, très couru chaque année, a attiré une bonne part des festivaliers encore cette année. Les sueurs froides et les finales en queue de poisson y sont toujours abondantes. On a pu voir cette année plusieurs courts à moyens métrages (plusieurs d’entre eux s’étiraient sur vingt délicieuse minutes) axés sur le thème de l’amour et de la souffrance qu’elle provoque. Un enfant qui s’éprend en secret d’une adolescente qui sait s’y prendre avec les zombies, un couple dans le Far West qui tente de lever une malédiction qui s’est abattue sur eux, l’attirance étrange d’un scientifique pour son spécimen de femme anguille, une jeune femme qui se découvre un talent bien caché qui a du mordant en fréquentant, contre son gré, des hommes qui paient son père pour la voir et un homme qui tente de demeurer hétérosexuel suite à la greffe d’un engin qui aime trop les enfants. Quelques courts métrages un peu plus lents et artistiques sont venus doser le tout d’agréable façon et un film aussi repoussant qu’insoutenable est venu clore le programme et confirmer à l’audience que nous sommes tous un peu débiles parfois.

Dimanche le 13, en début de journée, Fantasia a présenté le film Always : Sunset on Third Street 2. Le premier film avait séduit le public l’an dernier, autant pour la qualité de l’interprétation des acteurs que par le côté cocasse de ses sublimes scènes adaptées d’un célèbre manga. On rencontrait, lors du premier film, plusieurs personnages attachants dans le décor enchanteur d’un quartier résidentiel du Japon des années 50. La famille Suzuki, qui s’occupe d’un petit garage, y recevait une stagiaire qui croyait avoir affaire à un autre Suzuki plus célèbre. Un jeune écrivain tentait d’adopter un jeune garçon malgré ses maigres moyens et son talent douteux. On retrouve les mêmes personnages dans ce second film qui doivent à nouveau faire face au progrès et à différents obstacles, un jour à la fois. Ce film merveilleux nous transporte dans une autre époque et nous fait réaliser que les histoires entendues de nos parents et grands-parents ont aussi eu lieu outre mer. La découverte de la télévision, les quelques personnes assez riches pour se payer une voiture sont des réalités de tous les jours pour ces personnages réalistes interprétés par des acteurs convaincants. Une des plus agréables surprises de Fantasia cette année encore.

Le mardi suivant, nous avons pu assister à la projection de Stuck, drame psychologique pour certains, comédie noire pour d’autres. Les opinions à la sortie de ce film semblaient mitigées, quoique tous semblent avoir apprécié. Le film très controversé met en vedette la jolie Mena Suvari (American Pie, American Beauty) qui y interprète une préposée aux bénéficiaires surmenée qui percute par accident, après une soirée bien arrosée, un sans-abri interprété par Stephen Rea (Crying Game, Interview with the Vampire). Ce dernier se retrouve coincé de par et d’autre du pare-brise de la fautive. Sous l’effet de l’alcool et de diverses pilules, la jeune femme décide de ne pas s’en préoccuper, pour l’instant, et laisse l’inconnu choir dans son garage à moitié mort. On prend en pitié les deux acteurs qui subissent déjà un stress important, avant même de se retrouver dans cette situation. Un peu comme le personnage du roman Misery, l’homme devra se débrouiller tout seul s’il compte se sortir de cette vilaine posture. Le réalisateur Stuart Gordon, qui nous avait présenté l’excellent film Edmond lors d’une précédente édition du festival, livre à nouveau la marchandise et choque autant qu’il provoque. Espérons qu’il sera présent au festival la prochaine fois qu’il commettra un tel film.

Le même soir, le film Red a pris d’assaut la foule déjà un peu secouée par la projection de Stuck. Red est le nom d’un chien âgé de 14 ans qui se fait enlever la vie d’un coup de fusil à bout portant par un jeune machiavélique et ses amis. Le maître du chien voit ensuite rouge et tente de se venger par tous les moyens possibles tout au long du film. La loi ne peut rien faire pour aider le pauvre homme, et le père du garçon est aussi ignoble que son fils. Curieusement, le passé trouble du vieil homme et son acharnement nous rendent perplexe, si bien qu’on ne sait plus quel côté prendre. L’homme pousse la note un peu trop loin et son ennemi est capable du pire. Le péché d’orgueil l’emporte sur l’honneur des deux hommes qui se livrent une bataille plutôt extrême. L’aspect humain du film rappelle un peu le film de Cronenberg A History of Violence, si l’on enlève à ce dernier les scènes de bataille.

Jeudi le 17, un film d’horreur finlandais a été projeté. Le déroulement du film Dark Floors prend place dans un endroit fort propice aux cris et à l’angoisse, c’est à dire un hôpital. Dans cet hôpital, se trouve une fillette aux prises avec une maladie étrange. Malgré de nombreux tests, les médecins ne parviennent pas à cerner le problème. Elle tient des propos incohérents et griffonne continuellement de sombres esquisses sur de grandes feuilles de papier. Son père n’en peut plus de la voir souffrir et décide de la ramener à la maison. Ce faisant, l’ascenseur de l’hôpital tombe en panne et les deux se retrouvent en compagnie des quatre autres usagers de l’ascenseur dans un monde parallèle où le temps est figé. Ils semblent être les seuls survivants d’un quelconque malheur, les cadavres jonchent le sol et leurs actions figées dans le temps ont des répercussions assez étranges qui prennent du temps à se concrétiser. De bonnes idées sont véhiculées dans ce film qui met en vedette Lordi, un groupe de hard rock métal semblable à Kiss, un peu ridicule, qui semble être la menace derrière l’horreur du film. On ne comprend pas d’où ils viennent ni ce qu’ils font là, à part gâcher un film d’un grand potentiel. Dark Floors demeure un bon film avec de brillantes idées où les vedettes ne semblent malheureusement pas à leur place.

Un court métrage, digne de mention, fut présenté avant la projection de Dark Floors. Il s’agit de Kingz, film allemand bizarre et plein d’action et d’effets spéciaux qui traite d’un échange de drogue qui tourne au désastre dans un bar gothique très animé où les héros du film doivent faire face à divers assaillants très agiles qui semblent sous l’emprise d’une force extra-terrestre. Cet excellent court métrage d’une durée d’environ vingt minutes sera bientôt disponible sous forme de bonus inclus dans une réédition HD DVD du premier film Saw.

Ce même soir, Fantasia a eu l’honneur de présenter en première mondiale la version américaine du film philippin The Echo en présence de son réalisateur. La version originale a déjà eu droit à sa projection il y a de cela quelques années au festival. Ce film d’horreur angoissant nous met en présence de Bobby qui sort de prison et retourne vivre là où sa mère est décédée durant son séjour en milieu carcéral. Des sons étranges hantent les couloirs de ce vieux bloc à appartements et des apparitions viennent troubler le sommeil et la santé mentale de Bobby qui tente de comprendre ce qui se passe, avant de perdre la raison. Le film est rempli de belles scènes efficaces et de sursauts inattendus. La trame sonore signée Tomandandy sied à merveille au débit du film et le jeu des acteurs est très convaincant. Un digne successeur des franchises The Ring et The Grudge qui saura trouver son lot d’adeptes et, qui sait, une suite ?

Ceci résume la semaine à Fantasia, telle que vue par l’équipe d’Emoragei. Cinq autres jours de films sont à venir, étant donné que les responsables de Fantasia ont décidé, cette année encore, d’ajouter une journée au festival qui devrait se terminer mardi le 22 juillet. Durant ces quelques jours, nous visionnerons, sans doute, Going by the Book, qui sera présenté vendredi le 18 et lundi le 21 juillet. Cette comédie nous fait partager l’expérience d’un policier qui prend très à coeur son rôle de voleur quand la police décide de redorer son image en simulant un vol de banque. On peut s’attendre à un film semblable au célèbre Attack the Gas Station, ou encore, le sublime Drive de Sobu. Samedi, en début de soirée, un film d’horreur en quatre segments réalisé par plusieurs maîtres thaïlandais de l’horreur prendra l’affiche. 4Bia nous présente les histoires, entre autres, d’une hôtesse qui doit prendre l’avion seule avec une momie et d’un groupe de campeurs dans la jungle qui dormiront très mal, après s’être raconté trop d’histoires. Dimanche, le film Pig Hunt nous transporte dans un ranch où sévit un sanglier légendaire de 3000 livres surnommé l’Éventreur. Un groupe de chasseurs tentera de capturer cette proie par tous les moyens, tandis que des rednecks dirigés par nul autre que Les Claypool (oui, oui, le chanteur du groupe Primus) leur mettront des bâtons dans les roues. On pourra voir Vinnie Jones, un des acteurs préférés de l’équipe à Fantasia depuis son rôle mémorable dans l’excellent film Survive Style 5+, tenir le rôle d’un tueur dans l’adaptation à l’écran de Midnight Meat Train. Cette nouvelle faisait partie d’un recueil populaire écrit par Clive Barker, il y a plus de vingt ans. Un dernier film s’est vu décerner une place de choix à l’horaire mardi soir. Dying Breed tente de percer le secret des tigres de Tasmanie, espèce disparue qui semble se manifester à nouveau dans la jungle. Ce que découvriront les explorateurs semble bien pire que des tigres, si l’on se fie à la bande annonce qui donne froid dans le dos.

C’est tout pour cette semaine. Revenez-nous dans environ une semaine pour un résumé de ces quelques jours et un bilan de l’édition 2008 du festival. Bon cinéma à tous nos lecteurs !

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