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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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FANTASIA 2005

Un tiers de parcouru

mardi 12 juillet 2005, par François Legault

La première semaine du festival Fantasia touche à sa fin lundi soir. Plusieurs bons films ont été présentés lors de ces sept premiers jours et plusieurs autres restent à venir. Premier retour hebdomadaire d’Emoragei sur Fantasia et anticipation de la semaine à venir.

Le festival avait prévu débuter sa programmation par la présentation de deux films dont les réalisateurs respectifs seraient présents. Dûe à des problèmes de santé, l’absence du réalisateur d’Ashura l’a empêché de constater par lui-même l’énorme succès que son film a connu. La salle était comble lors de la première présentation, si bien qu’une projection supplémentaire a été ajoutée à l’horaire le lendemain. L’engouement relié à l’ouverture du festival aurait sans doute fait des miracles pour n’importe quel autre film. La beauté des décors et des costumes compense pour les effets spéciaux qui semblent ajoutés au montage à la toute fin et qui rappellent la version restaurée de L’exorciste qu’on a pu voir au cinéma il y a un an ou deux. De simples effets lumineux superposés à l’image donnent l’impression que le film a été tourné dans les années soixante-dix. Certains passages, par contre, relèvent de la technologie numérique d’aujourd’hui, si bien que le film oscille entre deux époques et deux façons de faire. L’humour étrange et sarcastique et le scénario particulier aident le film à se démarquer, mais l’ambiance agitée confère une ampleur gargantuesque à une fable qui perd l’intérêt et l’attention de l’auditeur bien avant la fin du film plus festif que crédible.

Le second film de la soirée, Crying Fist, n’a pas bénéficié d’une foule aussi nombreuse, mais surpasse de loin Ashura en ce qui a trait à la qualité de l’image et du scénario. Premier de deux films du même réalisateur présentés cette année (l’autre étant Arahan) et mettant en vedette l’acteur principal de l’excellent film Old boy, Crying Fist m’a surpris par son côté humain profond et touchant. N’étant pas un adepte des films dont le sujet tourne autour du sport (particulièrement la boxe), j’ai considéré les scènes où les deux hommes se battent comme les plus longues du film tant les dialogues et les situations dans lesquelles les deux hommes poursuivis par la fatalité se retrouvent sont passionnantes. La scène où le plus âgé des deux boxeurs tente de gagner sa vie en se laissant taper dessus par des gens en pleine rue en échange de quelques pièces était à la fois drôle et émouvante. Le film m’a plu à un point tel que j’ai décidé d’assister à la projection d’Arahan, ce qui m’a forcé à modifier mon horaire.

Le film Place promised in our early days présenté le deuxième jour du festival fut très compliqué à comprendre. L’image était d’une beauté sans pareille et le thème intéressant, mais l’absence de mouvement et d’action rendait l’écoute difficile, si bien que le public à la fin du film ne savait trop comment réagir et n’a pas applaudi autant que ce à quoi je m’attendais. Cette réaction me rappelait celle qui a suivi la présentation du superbe poème visuel Angel’s egg l’année dernière. L’histoire tournait autour d’une tour géante présente depuis une guerre oubliée et dont personne ne semblait comprendre sa raison d’être. L’un des personnages promet à une amie de l’emmener en avion visiter cette tour et la perd de vue peu de temps après. Elle se retrouve endormie en quasi-permanence dans un laboratoire du gouvernement où des savants viennent de découvrir six mondes parallèles qui semblent liés d’une certaine façon à la tour et au sommeil de la petite. Chacune de ces dimensions empiète sur les autres et les personnages y sont présents à tour de rôle à différents titres. Le film est d’une richesse digne de ceux des Miyazaki et Otomo, mais demande un effort de concentration semblable à celui requis pour comprendre la série BoogiePop phantom. Un animé qui laisse aussi perplexe que si on écoutait une infime partie d’une série télévisée et qui saura sans doute révéler ses secrets après plusieurs écoutes.

Ensuite fût présenté le film d’animation le plus remarquable qu’il m’ait été donné de voir depuis Nekojiru-So (aussi connu sous le nom Cat soup), c’est-à-dire Mindgame, du même réalisateur. Complètement éclaté et disjoncté, ce film est un arc-en-ciel et une tornade époustouflante à la fois. L’action s’y déroule extrêmement vite, l’humour est effervescent et le message qu’il convoie est une ode à la vie telle qu’on n’en a jamais vue auparavant. Ce film ne peut être résumé en mots, il doit être vu. Considérant que le dernier film de Hayao Miyazaki, Howl’s moving castle, et celui de Katsuhiro Otomo, Steamboy, sont plutôt décevants comparés à leurs efforts précédents, celui-ci est le vent de fraîcheur qu’il fallait à l’industrie pour lui redonner des ailes et la pousser vers l’avant. Le film Dead leaves présenté l’an dernier pavait le terrain pour l’arrivée de cette bombe qu’il faudra tous nous procurer dès sa sortie en magasin.

Ensuite se succèdent deux films plutôt semblables (drôle d’idée de les présenter l’un à la suite de l’autre) : Shutter et Ju-On the grudge 2. Particulièrement fervent des films thaïlandais (après tout, ce sont des choix judicieux depuis les deux dernières éditions du festival), j’ai voué une confiance aveugle à Shutter et j’avais de grandes attentes face au film. Le cinéma thaïlandais ayant pris son essor l’an dernier au festival, il n’est pas surprenant de voir de plus en plus de films provenir de là-bas. Réputée pour de solides scénarios autant que pour la beauté de la photographie, la Thaïlande m’a déçu avec ce film comparable visuellement aux plus grandes productions hollywoodiennes. Malheureusement, le scénario aussi est hollywoodien. Répétant les mêmes scènes qu’on est habitués de voir dans les films d’épouvante asiatiques, Shutter se gave de clichés et ne présente pour ainsi dire qu’une scène vraiment originale où un homme tente de s’échapper d’un édifice en descendant les marches en courant pour se rendre compte qu’il se retrouve toujours au même étage. Après les vidéocassettes et les téléphones, c’est au tour des appareils photo d’être hantés par un fantôme à longs cheveux. À quand le micro-ondes ? Ju-On the grudge 2, pour sa part, se retrouve à l’affiche plus d’un an après sa sortie au Japon et diffusé tout de suite après un film qui lui a presque tout volé, donnant l’impression que le second Grudge est pareil à celui-ci et diminuant du même coup son impact face aux cinéphiles. Ce film, nettement supérieur au premier en matière d’épouvante, a toutefois démontré l’inaptitude des Américains à bien rendre un scénario en nous faisant part de la scène où on entend des coups contre le mur du troisième étage d’un édifice qui donne sur l’extérieur. Sam Raimi a bien fait son travail, mais n’aurait pas dû reproduire aussi mal cette scène qui, selon moi, est la meilleure de l’original dans sa version des faits et aurait dû se contenter de traiter seulement le premier volet de l’histoire.

Le dimanche 10 juillet, j’ai assisté à l’une des représentations du film Arahan. Bien réalisé et débordant d’effets spéciaux, le film m’a démontré que j’avais raison de le comparer à Spiderman. Aussi beau que ce dernier, Arahan confronte un groupe, nommé Les sept maîtres Tao (ils sont en fait cinq), à un guerrier plusieurs fois centenaire qui essaie par la force de mettre la main sur une clé qui lui permettra de gouverner le monde et d’y faire régner le chaos. Seul un jeune policier maladroit dont le Chi (pouvoir de l’esprit) est anormalement développé parviendra, peut-être suite à un rude entraînement, à sauver le monde de ce fou furieux. Ryoo Seung-wan est un cinéaste brillant qui déborde de talent. Ce film, bien que commercial, est intéressant et bien balancé. Beaucoup plus léger que son autre film, Crying Fist, celui-ci nous fait part d’une autre facette de son talent et de sa polyvalence.

Le film Taste of tea, présenté après Arahan, est un film inoubliable. On y partage deux heures et demie de la vie d’une famille étrange à l’imagination fertile qui vit en parfaite harmonie entre eux bien qu’en proie chacun de leur côté à d’étonnantes hallucinations issues la plupart du temps du monde de l’imaginaire. L’humour absurde et délicieux n’est pas étranger à celui présent dans le précédent film du réalisateur, une excellente comédie de Yakuza dénommée Shark skin man and peach hip girl. Un grand-père débordant d’énergie et de créativité invente des pas de danse et des poses absurdes en s’enfonçant à l’occasion un diapason dans l’oreille. Un enfant est hanté par l’esprit d’un Yakuza tatoué et ensanglanté après s’être soulagé sur son crâne à moitié enterré. Le film prend le temps de s’attarder sur les moments les plus simples de la vie et présente les gags d’une façon rapide et discrète. Là où ce film étonne est que cette façon de faire ne donne jamais l’impression de longueurs, mais plutôt d’un voyage dans cette ville de campagne où la verdure abonde. Meilleur encore que Shark skin man…, ce film laisse prévoir un bel avenir pour le réalisateur qui, espérons-le, nous fera part de ses futurs films dans le cadre de Fantasia.

The birthday se démarque nettement de tout ce qu’on a pu connaître avant dans le domaine de l’horreur. Puisant ses influences dans le classique de Kubrick, The shining, celui-ci ne se cache pas dans l’ombre de ce dernier et se compare également bien à la série Twin peaks de David Lynch. Le jeu des acteurs est incroyable et chacun d’entre eux semble avoir été scrupuleusement choisi tant leur rôle leur colle à la peau. On croirait reconnaître tantôt James Wood, tantôt Jack Nicholson. Que des grands. L’action se déroule vers la fin des années 1980 au cœur d’un luxueux hôtel le soir de l’anniversaire des fondateurs de l’édifice. Un homme y est invité par sa copine afin de rencontrer sa famille. Tous lui sont soit trop sympathiques, soit trop antipathiques et le stress auquel est confronté l’invité ne cesse de croître à mesure que l’intrigue s’épaissit, que les corps s’empilent et que la fête dégénère. La musique, rappelant parfois celle d’Angelo Badalamenti, accompagne à merveille le public qui accueille cette descente aux enfers par une succession de rires nerveux. Le film espagnol tourné en anglais est un chef-d’oeuvre en soi et s’assure sans aucun doute une place de choix au rang des meilleurs films présentés cette année. Le réalisateur qui était présent le soir de la projection est un gaillard sympathique qui a plus de gueule que Mitch Davis. Souhaitons-lui bonne chance dans sa prometteuse carrière.

Ce mardi le 12 juillet, je conseille vivement à quiconque n’a pas eu la chance de voir le sublime Mindgame de profiter de cette dernière opportunité de le voir sur grand écran. Cette même journée, le film Firecracker mettant en vedette Mike Patton, ex-membre de la formation Faith No More et membre actuel de Fantômas et Mr. Bungle, sera diffusé une seule fois seulement. Le film mélange les scènes en noir et blanc et les couleurs vives un peu à la façon du succès commercial Pleasantville. L’histoire semble heureusement beaucoup plus tordue. Il est question de meurtres non punis et de multiples dédoublements de personnalité. La bande-annonce du film laisse présager un film grandiose, les images sont à couper le souffle et les critiques semblent unanimes à proclamer ce film comme une oeuvre artistique distincte et grandiose. Le film R-point est ensuite présenté. Il s’agit d’un pervers et savant mélange entre le film d’horreur et le film de guerre. Un homme, seul survivant de son bataillon, revient de la guerre pour apprendre que ses compagnons qu’il croit décimés tentent depuis plus d’un mois de rejoindre la base par contact radio. Il doit malgré lui retourner sur les lieux du massacre accompagné d’une nouvelle escouade qui devra non seulement faire face à l’armée ennemie, mais à des ennemis beaucoup plus redoutables. Fantômes et zombies semblent être au menu de ce film qui ajoute un stress impensable à celui qu’est déjà subi par les soldats.

Mercredi, le film Zee oui sera lui aussi diffusé lors d’une unique représentation. La richesse de la photographie confère un cachet particulier à ce film thaïlandais qui traite de deux sujets très délicats : le racisme et le meurtre d’enfants. Li Hui essaie de se refaire une vie loin de son pays d’origine, mais est constamment dénigré par son entourage. Une rage meurtrière s’empare alors de lui et il commence à se venger en découpant des enfants. Le film paraît très choquant, mais l’aspect poétique de l’image et l’impressionnante qualité de ce film risquent fort d’en faire un incontournable et demandent aux gens sensibles de faire un effort et de repenser leurs valeurs. Après tout, les Américains ne donnent-ils pas une importance sadique dans leurs films aux meurtriers et tueurs en série ? Espérons que ce film présente une certaine morale trop rarement présente dans ce type de film et que ça leur serve de leçon.

Vendredi après-midi, le film Phantom master : dark hero from ruined empire sera diffusé. La bande-annonce ne dit pas grand chose sur ce film, mais les images ressemblent étrangement à celles du film Vampire hunter D :bloodlust qui a connu tout un succès lors d’une précédente édition du festival. Souvent, les risques sont récompensés à Fantasia. Un film qui lui n’est pas un risque met en vedette Corto Maltese qui revient cette année encore à l’écran avec l’adaptation cinématographique de l’une de ses deux meilleures aventures en bandes dessinées. L’année dernière, Le secret des arcanes l’a fait connaître à bon nombre de fanatiques de cinéma d’animation qui récidiveront sans doute tous cette année et seront présents lors d’une des représentations de La ballade de la mer salée dans laquelle le marin issu de l’imaginaire d’Hugo Pratt retrouvera son partenaire de toujours, Raspoutine. Ironique sans jamais être sarcastique, l’humour de Corto est délicieux et il n’y a aucune raison pour que ce film ne soit pas aussi bon que celui de l’année dernière qui fut mon animé préféré de la saison. Le film Breaking news est aussi à l’affiche ce soir-là. Il s’agit d’un film débordant d’action où un groupe de criminels prend un édifice en otage et devient la cible non seulement des policiers, mais aussi des médias qui décident d’en faire autant des vedettes que des ennemis. Attiré par la popularité et l’attention des médias, un autre groupe prendra part au remue-ménage et tentera de s’approprier ce que le premier groupe vient chercher sans même savoir de quoi il s’agit. Ce film dénonce la puissance des médias et sa capacité à déformer la réalité en faveur au parti de leur choix, mais aussi que le peuple n’est pas toujours aussi facile à manipuler qu’on le croit. L’action ne cesse de débouler dans ce film d’action comme on n’en voit pas souvent au festival.

Samedi, un incontournable est au menu. Small gauge Trauma est une institution au festival. Cette collection de courts métrages sombres et teintés d’humour noir est chaque année présentée devant une salle à la fois comble et comblée. Ceux qui découvriront cette projection cette année s’assureront d’y être l’année prochaine aussi, à moins bien sûr d’être une âme sensible. Âmes sensibles s’abstenir, c’est bien ce qui est mentionné au début du film Live freaky ! Die freaky ! Banni d’à peu près toutes les salles où il était censé jouer, ce film de marionnettes et d’horreur réalisé par un des membres du groupe Rancid et mettant en vedette toute la communauté punk américaine relate sans vergogne ni censure la vie et l’œuvre de Charles Manson. Si ce film parvient à jouer avant que Dieu ne frappe le festival de sa foudre, plusieurs démons jeunes et moins jeunes seront étonnés de voir ce qu’on peut faire faire à des marionnettes. Ce film va certainement plus loin que Team America world police.

Ceci résume ce qui constituera mon horaire pour la prochaine semaine. Veuillez noter que je ne mentionne que les films auxquels j’assisterai malgré la programmation qui se veut très dense. Le film Night watch étant déjà complet, je vous rappelle l’urgence de vous procurer vos billets pour ces films qui ne manqueront pas de subir le même sort : Small gauge trauma, Creep, DJ XL5’s international zappin’ party 2005 et possiblement Live freaky ! Die freaky ! et Atomik circus : le retour de James Bataille. Bon cinéma à tous !!!

L’équipe d’Emoragei

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