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Monogamies - Comment une chanteuse country a fucké ma vie sexuelle

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THREE BILLBOARDS OUTSIDE EBBING, MISSOURI

Blueprint Pictures ; Fox Searchlight Pictures ; Film4 Productions ; Cutting Edge Group

jeudi 16 novembre 2017, par Anne-Julie Lalande

Sous un humour noir tout aussi décapant et nihiliste que ses opus précédents, le réalisateur irlandais Martin McDonaugh nous offre ici une histoire de vengeance, de cruauté et d’étrange compassion. Mildred Hayes (Frances McDormand) a perdu sa fille aux mains d’un horrible personnage quelques mois auparavant, et insatisfaite de la stagnation de l’affaire dans les mains de la police locale, elle loue trois pancartes sur une route peu empruntée et y fait écrire ces trois phrases : « Raped while dying »,« But still no arrests », « How come, Chief Willoughby ? » afin de susciter une réaction de la part de ce dernier et de l’ensemble de la population.

Alors qu’il pourrait s’agir d’une simple ligne narrative issue du film vengeance classique, Three Billboards emprunte une route beaucoup plus nuancée. Rien n’est blanc et rien n’est noir outre le crime horrible dont a été victime Angela Hayes et le profilage racial évident du corps policier régional. Mildred le rappelle haut et fort lors d’une entrevue télévisée où elle blâme l’inaction de la police dans le meurtre de sa fille et leur intérêt perfide à torturer des gens de couleur plutôt que de se concentrer sur de vrais crimes. Le film prend alors une tangente, ou du moins contribue à un discours, afin de rendre son héroïne représentante d’une exténuation collective quant à l’inconfort face à l’autorité, l’impossibilité de confiance envers les représentants de la loi tout en s’attaquant viscéralement au patriarcat et aux inégalités raciales. Rien n’est explicitement engagé, mais il s’agit d’un film symptomatique, une satire bien sanglante et violente qui, un peu à la manière de I Don’t Feel At Home In This World Anymore, témoigne d’une profonde incommodité individuelle qui empêche un foisonnement collectif en en étant pourtant le seul remède.

La direction photo de Ben Davis (Kick-Ass, Guardians of the Galaxy,…), très plastique et léchée crée un ensemble intéressant lorsque mise en relation avec les propos rudes, voire grossier énoncés par les nombreux personnages. Comme si à défaut d’avoir une ligne directrice très réaliste au niveau du déroulement des évènements, son environnement matériel à l’éclairage naturaliste tentait de rappeler à quel point il s’agit malgré tout d’un climat et d’individus ancrés dans un contexte concret.

Les mots « How come, Chief Willoughby ? » sont probablement les plus importants malgré la subjectivité du crime évoqué par le premier panneau. Considérant le climat d’accusations d’inconduites sexuelles actuel, il s’agit d’un propos prophétique et symbolique qui demande à tout individu contribuant à un environnement néfaste au bien-être et à la santé de leurs pairs de se lever et de s’allier aux victimes afin d’examiner leur propre comportement et dénoncer ceux qui sont inacceptables. Three Billboards Outside Ebbing, Missouri possède un scénario original non seulement pertinent à tous les éléments précédemment mentionnés, mais il s’agit principalement d’un scénario superbement efficace et plein de dynamisme et d’entrain, appropriés par le jeu des acteurs avec une finesse qui leur méritera probablement quelques nominations aux imminentes et fameuses soirées américaines. (3.5/5)

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