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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

THE LOBSTER

Element/Scarlet/Faliro House/Haut et Court/Lemming

lundi 22 février 2016, par Anne-Julie Lalande

(4/5) Le cinéma de Yorgos Lanthimos se définit et se caractérise par un terme en particulier : absurde. Et non seulement s’agit-il d’univers absurdes, mais également d’un bizarre très glauque et sombre atténué par un aura qui s’apparente purement à la comédie noire.

Dans un monde dystopique où le célibat est illégal, David (Colin Farrell), après s’être fait laissé par sa femme pour un autre homme, s’inscrit dans un hôtel où tout est mis en place afin que toute personne célibataire rencontre son « âme soeur » dans les 45 jours à venir. Après les 45 jours de préavis, celui qui n’aura pas su charmer quiconque se verra transformé en animal de son choix ; un homard pour David.

Dans The Lobster, la carapace de l’animal relative à son titre est représentative de son absurdité, de sa couche saugrenue. Tout le malaise derrière les relations interpersonnelles est si bien représenté qu’il émane du film une incommodité finalement franchement hilarante. On y retrouve un intérêt pour plusieurs questions sur les choses qui, étrangement ou logiquement, rassemblent les gens ensemble ou les éloignent tout en nous servant finalement une romance hors du commun entre David et une évadée de l’hôtel (Rachel Weisz). Cette histoire d’amour entre les deux personnages ramène aux mêmes interrogations quant à l’incohérence des rapports humains avec son esthétique paradoxalement très cartésienne qui finalement accentue toute son incongruité. Les personnages ont d’ailleurs très rarement un nom auquel on peut se référer, comme pour narguer toute possibilité d’affranchissement social absolu.

Avec son esthétique très géométrique, ses paysages irlandais verdâtres et ternes, la caméra toujours statique et l’attention derrière la mise en scène en général, il émane du film un sentiment de huis clos semblable à celui de Dogtooth, autre film de Lanthimos sorti en 2009 et finaliste aux Oscars pour le meilleur film étranger. Dogtooth, qu’il avait également écrit avec Efthymis Filippou, était le récit de parents qui mentent à leurs enfants (maintenant adultes dans la vingtaine) sur le monde extérieur afin qu’ils ne sortent jamais de la maison, créant ainsi une allégorie du totalitarisme. Avec The Lobster, les thématiques sont sensiblement les mêmes, mais sont présentées avec une plus grande ambition technique en terme de localisation et une accessibilité au public peut être un peu plus accommodante, malgré qu’il puisse tout de même s’agir d’un défi pour certains.

Malgré quelques longueurs dans les trente ou quarante dernières minutes, The Lobster répond aux attentes des fans de l’oeuvre du réalisateur grec avec une transition à l’anglais parfaitement réussie. Avec des acteurs comme Colin Farrell, Rachel Weisz, John C. Reilly, Ben Whishaw et Léa Seydoux, parions que le film attirera grand nombre de spectateurs qui n’auront pas la moindre idée de ce qui les attend et qui n’en tireront pas une expérience positive. Le dernier film de Lanthimos est un bijou d’humour absurde très noir et de qualité esthétique et technique réjouissante qui vaut assurément le détour.

Après avoir été présenté en primeur au Centre Phi le 15 février dernier, The Lobster sera à l’affiche dès le 25 mars à Montréal.

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