[]

Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

Accueil du site > Cinéma & DVD > Cinéma > ONE MORE TIME WITH FEELING

ONE MORE TIME WITH FEELING

Iconoclast, JW Films, Pusle Films

lundi 19 septembre 2016, par Anne-Julie Lalande

Après le surprenant 20,000 Days on Earth de 2014, Nick Cave choisit de reprendre une formule fusionnant la préparation de son dernier album à un univers plus personnel. One More Time With Feeling, réalisé par Andrew Dominik, dégage un aura drastiquement différent puisque sa thématique principale est partiellement la même que celle guidant son nouvel album, Skeleton Tree (sorti le lendemain de la première représentation du film à travers le monde), soit le deuil, plus précisément celui du fils adolescent du chanteur, Arthur Cave, tombé d’une falaise sous l’influence du LSD en juillet 2015.

Sans vouloir être entièrement rabat-joie, One More Time With Feeling est tristement plutôt raté, mais finalement sauvé par la simple présence et les performances musicales de Nick Cave. Andrew Dominik y signe la réalisation ; il s’agit de son premier film depuis Killing Them Softly en 2012. Pourquoi avoir sélectionné un réalisateur ancré dans un cinéma aussi antipersonnel pour créer une fable sur le deuil d’un créancier de l’imagerie romanesque de la mort et de la souffrance ? Usant d’une pelletée de clichés inutiles comme la Terre tournant autour du soleil, des plans d’ensemble de Londres sous une narration plus ou moins maîtrisée, Dominik et son équipe semblent finalement intrusifs dans la vie de la famille Cave . Utiliser des images aussi communes traduit inexorablement un malaise devant la mort qui rappelle l’horreur d’être pris en pitié décrite par Cave alors qu’il évoque cette personne dans la file au supermarché qui ne fait que murmurer une parole se voulant rassurante, mais qui ne change absolument rien au cours des choses.

Cependant, la présence hypnotique de Nick Cave, qui semble ici poète sans le vouloir (contrairement à dans 20,000 Days on Earth, qui était entièrement scénarisé), permet au film de conserver son intérêt. Il est déstabilisant pour le spectateur d’avoir sous les yeux le maillon principal des Bad Seeds qui cherche ses mots et s’ouvre davantage sur ses émotions et ses impressions, et surtout d’avoir une tragédie aussi dure que la mort d’un enfant à mettre sur les riches images de textes évocateurs et parfois étrangement prémonitoires.

Malgré un 3D franchement superflu, le noir et blanc choisi s’accorde bien à son ton et permet une jolie transition à la couleur dans les derniers instants du film. Malgré une incommunicabilité qui n’enrichit en rien la réalisation de Dominik, One More Time With Feeling possède une force inexplicable qui ne provient pas du film, mais de l’homme et sa famille, et surtout d’un album puissant, Skeleton Tree, qu’on prend plaisir à découvrir, et à réécouter par la suite. De voir le film avant d’écouter l’album est une expérience captivante, puisque d’être ainsi immergé (maladroitement, mais tout de même) dans tous les éléments l’ayant inspiré permet de le découvrir exactement comme Nick Cave le désire. La première véritable écoute de l’album est ainsi empreinte d’une marque, laissée par l’expérience qu’offre le film, qui pousse à porter une attention particulière à chaque détail, chaque son, parole ou choix instrumentaux…

Malgré une réalisation drôlement confiée, le film saura toucher par son sujet difficile, et il plaira à un grand nombre d’admirateurs du groupe grâce à l’imposante présence prenante et humble de Cave qui offre des aveux sages et profonds. Et tant mieux, puisque le film s’adresse essentiellement aux gens appréciant sa musique puisqu’il est composé de sept performances musicales (soit sept chansons sur huit du nouvel album). Sans être un immanquable de 2016, One More Time With Feeling est toutefois positivement mémorable.

Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0