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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

MANOIR

Leitmotiv/Cheval Films

vendredi 3 mars 2017, par Anne-Julie Lalande

(4/5) Présentement projeté dans de multiples cégeps du Québec afin de concourir pour le PCCQ (Prix collégial du cinéma québécois), Manoir, coréalisé par Martin Fournier et Pier-Luc Latulippe, était également présenté aux derniers Rendez-vous du cinéma québécois en présence d’un de ses deux réalisateurs ainsi que de son directeur photo. La totalité du film documentaire se déroule au feu Manoir Gaulin à St-Hyacinthe, centre privé pour individus souffrant de problèmes de santé mentale et de diverses dépendances.

Débutant par des images de démolition, le sort du manoir est vite deviné par le spectateur, qui, contrairement aux résidents suivis au cours du film, connaît d’or et d’emblée la situation qui les attend.

Les cadrages à la fois étudiés et fortuits ainsi que la caméra fixe et accompagnatrice font de Manoir une oeuvre à la fois observatrice et emphatique. Sans aucune intervention directe de n’importe quel artisan du film, la caméra revêt un rôle des plus humains, servant de confesse et de médiatrice aux personnages à l’écran. Sa présence en est une aimante, choisissant de protéger l’image de gens trop souvent jugés au premier regard. Alors que les réalisateurs auraient pu choisir comme direction une dénonciation vernaculaire manifeste de la pauvreté et de ses conséquences au niveau hygiénique, sanitaire… ils s’orientent plutôt vers une vision lumineuse et humaine de gens ayant autrement trop peu d’occasions de s’exprimer, et d’exister, autant face à l’autre. De là pourrait facilement émaner des opinions conflictuelles quant à la nécessité ou bien à la décision de (littéralement) « cacher la merde ». Mais dans ce cas-ci, le film nous permet de faire un bout de chemin avec Gilles, Michel, Nathalie, Paul et quelques autres, et présente une subjectivité appropriée à un pathos honnête et une représentation généreuse.

Manoir, au-delà de sa beauté esthétique et de son atmosphère happy-sad volontairement et légitimement truquées, nous fait par-dessus tout prendre conscience de notre statut privilégié et nous demande de reconsidérer les visages inconnus nous frôlant tous les jours. La fermeture du manoir, annoncée linéairement au cours du film, nous permet également de nous questionner sur la valeur de principes du néolibéralisme s’avérant toxique à une importante strate de la population.

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