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Monogamies - Comment une chanteuse country a fucké ma vie sexuelle

ENDORPHINE

micro_scope

jeudi 21 janvier 2016, par Anne-Julie Lalande

(4/5) Endorphine est un triptyque hors du commun qui a pour sujet une femme nommée Simone, qu’on retrouve tout d’abord à 13 ans interprétée par Sophie Nélisse, à 25 ans par Mylène McKay et à 60 ans par Lise Roy. Avec comme dénominateur commun la substance déterminée par son titre, le film nous présente Simone alors que plusieurs éléments et expériences provoquent en elle cette drogue naturelle qu’est l’endorphine. Passant par la mort, la peur et finalement l’orgasme. Brièvement évoqué dans les trois cas, le spectateur est plongé dans un univers où le rêve ne fait qu’un avec la réalité, où le déjà-vu est calculé et où le temps s’arrête, tourne sur lui-même, avance et recule.

André Turpin nous offre un film qui joue avec le temps par sa nature expérimentale. Regroupant un scénario qui aurait pu être écrit par David Lynch et une mise en scène formellement graphi-quement carrée et aux allures urbaines, cette dernière oeuvre de Turpin offre une réflexion in-quiétante sur la perception du temps. L’illusion englobe le film par le fait qu’il s’inspire des per-ceptions qui trompent, comme le rêve, le temps et l’inconscient en général. Le médium du ciné-ma lui-même est d’ailleurs intelligemment évoqué en rappelant son origine qui cherche à tromper l’oeil humain en lui offrant une impression de mouvement à travers 24 images fixes qui défilent par seconde.

Les performances des actrices sont toutes plutôt justes et permettent de constater un fait particu-lièrement satisfaisant : non seulement Turpin a-t-il créé un personnage féminin intéressant, mais lui a-t-il donné trois visages et a donc créé l’opportunité d’un bon rôle de sexe féminin pour trois femmes plutôt qu’une. Dans un milieu où la femme est malheureusement encore parfois reléguée au personnage d’arrière-plan ou aux stéréotypes ; il s’agit d’un vent rafraichissant.

Un des seuls défauts du film réside en la représentation de Simone à 60 ans alors qu’elle est phy-sicienne. Elle y est la narratrice du film et explique les idées temporelles et physiques de l’ensemble du récit, mais cela ne vient-il pas en quelque sorte à l’encontre de la nature plus expé-rimentale du film ? Cette portion brise en quelque sorte la ligne empruntée. Sans pour autant être un mauvais choix d’écriture, il s’agit néanmoins d’une brisure dans la ligne directrice.

Expérience presque exclusivement viscérale, également très éclatée dans sa structure narrative, Endorphine suscite surtout des émotions et des réflexions chez le spectateur. Non pas des ré-flexions sous un angle engagé, mais bien très philosophique au-delà de son ambiance volontai-rement onirique. Sa courte durée permet au spectateur de garder le fil et de se sentir impliqué du début à la fin en lui laissant un goût délicieusement amer par l’angoisse réflective qu’il peut sus-citer.

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