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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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BATTLE OF THE SEXES

Decibel Films, Cloud Eight Films

vendredi 29 septembre 2017, par Anne-Julie Lalande

En 1973 a eu lieu une célèbre partie de tennis entre Bobby Riggs et Billie Jean King. En plein coeur de la seconde vague féministe aux États-Unis, la partie avait été surnommée Battle of the Sexes, soit la bataille des sexes. D’entrée de jeu, il est évident qu’il ne s’agissait pas d’un simple match et que le résultat aurait un écho important sur la perception populaire des enjeux concernant l’égalité des sexes (il faudrait davantage employer le mot « genres », mais en 1973, les termes n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui).

Emma Stone campe le rôle de King, et il s’agit probablement de sa performance la plus mature et accomplie à ce jour, lui méritant une place quasi assurée aux prochains Oscars après avoir remporté celui de la meilleure actrice lors de la dernière édition. Billie Jean King étant une très grande femme en soi (athlète accomplie, féministe et militante pour les droits des communautés LGBTQ+ depuis plusieurs années), il est plus que satisfaisant que son interprète lui rende aussi bien justice. Au-delà du jeu de Stone, l’ensemble de ce dernier film du duo derrière le succès de 2004, Little Miss Sunshine, Valerie Faris et Jonathan Dayton, n’accomplit rien de plus que la mise en scène d’un « feel-good » movie assez conventionnel.

Le scénario de Simon Beaufoy compte quelques bévues malgré de bonnes intentions évidentes ; comme d’accorder autant la parole à Riggs, interprété par Steve Carrell, et de lui fournir un arc narratif de clown triste et homme riche désabusé, le rendant comique et appréciable malgré son évidente misogynie. Il y reprend finalement presque exactement son rôle de Michael Scott (The Office), ce qui rend problématique la relation du spectateur à son personnage, qui devrait condamner sa conduite plutôt que de l’encourager indirectement en sympathisant trop facilement avec lui.

L’esthétique très 70s et les locations californiennes générales sous la caméra 35mm de Linus Sandgren (American Hustle, La La Land) permettent une construction visuelle chaude contrastant à merveille avec les scènes les plus sombres du récit, capturées dans des lieux fermés, froids et sévères comme des chambres d’hôtels ou des vestiaires. Ces quelques moments émotionnellement chargés, romancés avec justesse, francs et sincères mettant en situation une King prisonnière d’une société hétéronormative, amoureuse d’une femme malgré son mariage à un homme, laisse deviner à quel point une concentration exclusive sur sa vie et ses nombreux projets aurait permis à la ligne directrice du film de gagner en confiance, plutôt que d’user du féminisme d’une façon semblable à la dernière campagne d’Hilary Clinton : avec trop de politesse et de concessions.

De lire la page Wikipédia de l’évènement, ou de tout simplement connaître le résultat du match mythique enlève automatiquement au plaisir de sa découverte à travers le film ; comme la majorité de fictions inspirées de faits réels. Si, comme moi, vous ne connaissez rien au sport et ignorez tout du dénouement de cette histoire, je vous suggère fortement d’en rester à ce niveau afin de profiter davantage de Battle of the Sexes, et de vous laisser y être transportés aux côtés d’une Emma Stone grandiose, dans un film plutôt générique. (3/5)

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