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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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Otchi Tchornya (Les yeux fermés)

RAMSEIER, MIKHAÏL W.

Coups de Tête

dimanche 27 février 2011, par Éric Dumais

(3/5) « Maintenant, Zénobe va pour se rafraîchir. Il ouvre la porte de la salle de bains et allume la lumière. Mais là, sur le pas de la porte, il se tétanise et recule même d’un pas. Il ne fait plus aucun geste et de l’extérieur on dirait qu’il est figé dans la pierre. Sa tête bourdonne et ses yeux cherchent à comprendre. Petit à petit, son cerveau reprend pied et il se penche en avant. Elle semble morte. En tout cas rien ne bouge. Et la position… C’est difficile à dire. Quelque chose, une sorte d’instinct, lui fait comprendre que c’est bien fini. Mais c’est peut-être qu’une impression. Il n’a jamais vu de mort, à part son père, à la morgue, dans le cercueil ouvert. »

Zénobe, dans la trentaine, est un rédacteur en chef adjoint et journaliste d’un grand magazine parisien. Il découvre, un dimanche après-midi banal, une femme en apparence morte, étendue sur le carrelage de sa salle de bains. Le lendemain, dans la cuisine de son appartement, il découvre une fillette d’origine russe âgée de 7 ans, nommée Lana. Il y a indubitablement un lien qui unit les deux femmes qui, selon toutes apparences, vivaient clandestinement chez lui depuis belle lurette. À qui Zénobe va-t-il confier cette jeune orpheline ? Aux autorités russes ? À sa famille ?

Une enquête sera rapidement entamée afin de jeter un peu de lumière sur les mystères entourant la mort de la jeune mère. Zénobe décidera de partir à St-Pétersbourg en voiture, où il tentera de retrouver les membres de la famille de la jeune Lana. De fil en aiguille, le journaliste essaiera de replacer les pièces du casse-tête afin de comprendre ce qui a bien pu arriver à la pauvre mère, décédée à Paris, dans son propre appartement.

Le roman Otchi Tchornya déploie une intrigue à certains moments saisissante, qui n’arrive cependant pas à tenir le lecteur en haleine jusqu’au bout. Et la raison en est fort simple : l’auteur traite, en toile de fond, de sujets particulièrement actuels et scandaleux, dont les effets dévastateurs de la mondialisation, les déboires du monde politique, l’espionnage via Internet, l’économie ravagée et la malbouffe, et ce, parfois pendant un chapitre entier, ce qui n’est pas sans alourdir l’histoire. Les sujets abordés sont certes assez préoccupants, mais ont plus ou moins leur pertinence au sein du récit. À l’inverse, la psychologie des personnages est éminemment bien travaillée, ce qui les rend très attachants et d’une beauté à couper le souffle. Au final, on s’habitue de page en page à la plume très urbaine de l’écrivain et à son pouvoir de garder les surprises pour la fin.

Mikhaïl W. Ramseier est né à Genève dans une famille ayant décidé de fuir les conséquences fâcheuses de la révolution russe de 1917. Grandement influencé par la bibliothèque de son paternel, il publie ses premiers poèmes à l’âge de 17 ans. Il exerce ensuite plusieurs métiers (éboueur, chauffeur de taxi, professeur de tennis, colporteur, graphiste, rédacteur) avant de partir à l’aventure autour du monde, où il enseignera le français à Katmandou, deviendra voyagiste en Mongolie et « tour leader » en Afrique du Sud ainsi qu’en Syrie. Il reprend sa plume à l’occasion pour pondre des récits et recueils de poésie, des articles journalistiques et des essais historiques portant entre autres sur les pirates et les cosaques. Père de trois enfants, il est maintenant installé avec eux dans une île des Caraïbes, peinard, à écouter le son des vagues contre la plage.

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