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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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L’ogresse

PSYCHÉ, DYNAH

Coups de tête

dimanche 10 avril 2011, par Éric Dumais

(2.5/5) « Ce que j’aime, maintenant, c’est cuisiner. Pas tuer. J’éprouve un profond respect pour la vie sous toutes ses formes. Le malheur veut qu’il faille tuer pour se nourrir. Ce monde est imparfait. Mais ce n’est pas moi qui l’ai créé. La tuerie m’ennuie, quand il y a du jus. Ça crie et ça salit. Il y en a partout, quand le manger se débat. Au début, c’était horrible. Maintenant, je suis plus adroite et je fais les choses proprement. L’étouffement, c’est ce que j’ai trouvé de mieux. C’est propre et net. Ensuite, pour découper, je suis tranquille. »

Après Cyclone et Zoélie du Saint-Esprit, voilà que Dynah Psyché s’attaque à un sujet pour le moins inusité : l’ogritude. Dans ce troisième roman paru aux éditions Coups de tête, l’auteure pose un regard analytique et caustique sur des thèmes propres à deux régions qui lui sont chères : la Martinique et les Antilles. Dans L’ogresse, il est question de magie, de surnaturel, de croyances, de familles dysfonctionnelles, mais aussi de cannibalisme.

C’est à travers un récit peu persuasif que Dynah Psyché nous présente une protagoniste hors du commun. L’ogresse, dont nous ignorons le nom, a été choisie pour être la protectrice d’un don unique, c’est-à-dire un pouvoir spécial lui permettant d’ingurgiter tout ce qui lui tombe sous la main et de goûter des aliments tantôt comestibles, tantôt inconsommables. Au départ, on assiste à l’éveil des sens ; l’ogresse découvre les aliments de base tels que les fruits et les légumes, et s’habitue tranquillement aux éléments naturels qui l’entourent, comme la terre, les excréments et les métaux : « […] Je ne suis qu’une sensation : le goût. Tout, chez moi, est basé dessus. Il domine le reste. Ma vie se définit en saveurs, dans une variété des milliers de fois plus riche que les classifications d’usage. Au début, du moins, c’était comme ça, quand je ne cherchais pas avant tout à me remplir. »

Le roman L’ogresse manque cruellement de substance, de chair et d’intérêt. Au lieu d’assister à un drame fantastique noir, au sein duquel les péripéties se succèderaient comme un jeu de dominos, le lecteur se retrouve plutôt devant une confession morne, voire un journal intime d’une femme-monstre qui raconte les subtilités de son quotidien d’ogresse. Heureusement, l’histoire est entrecoupée de chapitres informatifs, au sein desquels le lecteur peut en apprendre davantage sur l’origine du don et sur les mœurs de la famille de l’ogresse, ce qui apporte un peu plus de dynamisme et de piquant au récit. Mais, décidément, ce troisième roman n’arrive pas à éveiller les sens d’un lecteur qui se questionne encore, après coup, de l’intérêt d’une telle histoire. Le sujet demeure certes captivant, mais aurait gagné à être mieux exploité. Et d’ailleurs, la magnifique couverture, créée par l’artiste Marc-Antoine Rousseau, nous promettait davantage de frissons.

Dynah Psyché est originaire de la Martinique et vit depuis quelque temps au Canada. Elle a exercé le métier de professeure de français et a été également bibliothécaire dans plusieurs pays. Elle est l’auteure de plusieurs romans dont Gaïg, une œuvre grandiose parue en dix tomes aux éditions Michel Quintin, ainsi que Cyclone (2008) et Zoélie du Saint-Esprit (2010), ses deux principales parutions aux éditions Coups de tête.

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