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Joseph Morneau : La pinte est en spécial

PLOURDE, DANNY

VLB

dimanche 3 juillet 2011, par Éric Dumais

(4/5) « Ce bouquin est une œuvre de fiction, les noms, personnages, lieux et incidents sont le fruit de l’imagination de l’auteur. Toutes ressemblances avec le réel, ses composantes ou ses acteurs ne sont que le résultat d’un vulgaire hasard », nous avertit d’entrée de jeu Danny Plourde dans la page de garde de son roman. Intitulé Joseph Morneau : La pinte est en spécial, ce quatrième livre est son premier ouvrage à paraître sous les presses de VLB Éditeur.

Danny Plourde s’est imposé une lourde tâche en inventant un personnage aussi complexe et sensé que Joseph Morneau, ce jeune trentenaire, serveur au bar Le Port des Vagues à Montréal, qui n’a de cesse de tout critiquer, notamment les femmes, la société, la politique et les langues. Certes, il a de bonnes intentions ; il désire par-dessus tout protéger la langue française au Québec, laquelle, en raison de l’arrivage massif de nombreux immigrants et anglophones de Westmount, est en train de tranquillement tomber à pic. Mais n’oublions pas qu’il est avant tout un être désaxé, révolté, impulsif et agressif, c’est un tueur, un agresseur, un malade.

C’est un récit fictionnel quoique fort réaliste que Danny Plourde nous a concocté avec ce quatrième livre fort bien arrosé. Joseph Morneau : La pinte est en spécial, s’avère une histoire contemporaine, un roman engagé et moderne à saveur d’alcools et de lendemains de veille, bref, une vision noire de notre société québécoise, minée par la corruption et le cynisme.

Le récit met en scène un Joseph Morneau désabusé et un peu écœuré de la vie sale et crasse de Montréal. Désirant s’occuper avant que son enveloppe corporelle ne devienne flasque et molle, le gaillard se déniche un emploi au bar le Port des Vagues, où il s’amusera à noyer l’ensemble de la population dans l’alcool et la désillusion. Lui-même un peu étourdi par la modernité et le capitalisme montant, il tentera de survivre dans un monde sauvage où les bourgeois sont les maîtres du monde et où les « trous de cul de son espèce » ne sont que des prolétaires de bas niveau. Mais la folie a souvent raison des plus faibles et bientôt Joseph Morneau, en homme courtois et gentil qu’il est, ne saura plus comment gérer ses émotions.

Joseph Morneau : La pinte est en spécial est une belle critique de notre société moderne. Danny Plourde possède une belle plume, légère, sans fioritures, sans grande métaphore, mais toujours dotée d’un ton juste et concis. L’écriture, souvent crue, mais toujours d’une justesse presque poétique, s’agence bien avec le récit un peu crasse auquel l’auteur nous confronte. En somme, c’est une belle réflexion sur la société d’aujourd’hui, mais avant tout un magnifique clin d’œil à l’idée maîtresse du philosophe français Jean-Jacques Rousseau : « l’homme est bon, c’est la société qui le corrompt ».

Danny Plourde est né à St-Jean-sur-Richelieu et réside aujourd’hui à Montréal. En plus d’être écrivain, il est aussi musicien et membre du groupe rock Les Fidel Castrol. Il a publié Vers quelque (sommes nombreux à être seul) aux éditions l’Hexagone en 2004, suite à la parution duquel il a reçu le Prix Félix-Leclerc de la poésie 2005. Lors d’un voyage de trois mois en Corée du Sud, Danny Plourde a écrit un deuxième recueil, Calme aurore (s’unir ailleurs, du napalm plein l’œil), qui a remporté le Prix Émile-Nelligan en 2007. Cellule esperanza (n’existe pas sans nous), est sorti au printemps 2009.

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