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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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Mauvais fils

PELECANOS, GEORGE P.

SEUIL Policiers

dimanche 28 août 2011, par Josée Paquet

(4/5) « Chris était en prison. C’était définitif et irréversible, et Thomas ne savait pas quoi faire. Il posa le verre droit sur le manteau de la cheminée, écouta le tic-tac de la pendule murale. Il n’y avait quasiment pas de bruit dans la maison. Toute sa vie, ou presque, Chris Flynn avait passé la nuit ici, à Livingston Street. À présent, c’était comme s’il n’y avait jamais vécu. Fini, le bruit étouffé de la télé derrière la porte de sa chambre, ses basses ne feraient plus trembler la maison, il ne rigolerait plus au téléphone en parlant à sa copine, il ne monterait pas l’escalier d’un pas lourd et hésitant. Il était parti, en laissant retomber derrière lui un silence assourdissant. On était alors en 1999. Chris avait dix-sept ans le jour où il était entré dans cette prison pour jeunes. Thomas Flynn, lui, en avait trente-neuf. »

Chris Flynn, 15 ans, est un jeune garçon sans histoire, issu d’une famille relativement aisée de Washington. Il se débrouille assez bien en classe, joue au foot américain, fréquente le catéchisme tous les dimanches ; comme plusieurs adolescents, il fume aussi de l’herbe et fait quelques mauvais coups, mais un jour, sans trop savoir comment, sa vie part en vrille : vols à l’étalage, bagarres, résultats scolaires catastrophiques, etc. À l’âge de dix-sept ans, Chris est incarcéré à Pine Ridge, une prison pour jeunes délinquants, en banlieue de Washington. Il n’est que le seul Blanc à fréquenter cet établissement multiethnique bourdonnant de tensions interraciales.

Une dizaine d’années plus tard, Chris travaille pour son père, mène une vie rangée et a gardé contact avec quelques anciens codétenus, qui ont, eux aussi, réussi à s’en sortir. Toutefois, la vie de Chris risque de basculer de nouveau lorsqu’il découvre, avec son équipier, un sac contenant 50 000 dollars. Malgré toute sa bonne volonté, Chris se rendra compte que parfois, la vie prend une tournure inattendue…

Tout parent rêve de voir ses enfants réussir à l’école et entreprendre une carrière fructueuse. Mais parfois, malgré toutes leurs bonnes intentions et un encadrement exemplaire, il arrive que ces jeunes adultes en devenir effectuent des choix de vie qui les conduisent directement dans le monde de la délinquance. L’auteur expose ici le questionnement de ces parents qui ont, malgré l’éducation « dans la ouate » offerte à leurs jeunes, vu ceux-ci mal tourner : qu’ont-ils fait (ou pas fait) qui ait pu transformer leur petit enfant en voyou ? Le sujet est bien amené, et l’histoire, qui au départ ne contient pas de gros rebondissements, nous captive d’emblée. On s’attache facilement à ces jeunes qui ne l’ont pas eu facile ; ils auraient, pour la plupart, réussi s’ils avaient été élevés dans un autre cadre de vie, car la grande majorité d’entre eux sont issus de quartiers défavorisés à forte tensions raciales et de familles dysfonctionnelles.

L’écriture est fluide, malgré le langage argotique et souvent verlanisé qui prévaut dans les dialogues ; il est difficile, voire impossible, d’abandonner la lecture en plein milieu d’un chapitre. Tout comme les parents de Chris, le lecteur souhaite ardemment qu’il se débarrasse des démons de son adolescence. Le récit ne contient pas d’intrigues tortueuses, mais un réalisme et un sens du détail à la Michael Connelly, qui donnent à cette histoire un goût de témoignage social.

Auteur prolifique d’origine grecque, George Pelecanos est né et a grandi dans un quartier ouvrier (avec une forte population noire). À l’âge de 17 ans, il blesse un ami avec une arme à feu et a failli le tuer. L’auteur s’intéresse beaucoup à la cohabitation des communautés culturelles, dans une ville où les ghettos sont légion, et les frontières sociales très présentes dans les esprits.

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