[] [] [] [] [] []

Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

Accueil du site > Bouquinerie > MCADAM, COLIN

FALL

MCADAM, COLIN

Boréal

dimanche 31 octobre 2010, par Josée Paquet

(3/5) « Mes cheveux sont beaux. J’ai mangé trop de salami. Je fredonne. Je fredonne une chanson que je ne connais pas. Personne ne connaît la chanson que je fredonne. Je vais choisir une chanson que je connais pour la fredonner. Pourquoi est-ce que je fredonne et je siffle. Mes cheveux sont beaux. Mes dents sont belles. Une cicatrice sur la lèvre. Vestige d’un bouton. »

Prenez le film American Pie avec ses ados plein de testostérone, dont quelques-uns sont encore dans leur phase anale ; reportez le tout quelque part dans les années 70 et racontez-le à la manière absurde le La Cantatrice chauve d’Ionesco. Vous obtenez Fall, de Colin McAdam, un récit dont l’action se déroule dans un pensionnat huppé situé tout près de la capitale nationale.

On y retrouve Julius, fils de l’ambassadeur des États-Unis, et Noel, fils d’un diplomate canadien vivant en Australie, qui partagent la même chambre. S’ajoutent Ant et Chuck, avec lesquels ils forment un quatuor déluré, aux idées lubriques. Et il y a Fallon, Fall pour les intimes, la plus jolie fille de St. Ebury, que tout le monde aime. Fall, la petite amie de Julius. Fall, le fantasme de tous les garçons. Fall, l’amour secret de Noel, un amour à sens unique, car elle n’a d’yeux que pour Julius. Lorsque Fall disparaît mystérieusement, toute la communauté estudiantine y va de ses spéculations : fugue, enlèvement, meurtre ?

L’auteur nous fait voir une facette de la vie de pensionnaire, complètement aux antipodes de celle dont nous bombardent plusieurs films et œuvres de fiction populaires. Plutôt que de nous montrer des jeunes de 18 ans toujours à l’affût de la dernière boum ou en train de fumer de l’herbe (il y en a aussi, on parle d’ados tout de même !), on partage l’envers de la médaille de leur quotidien, les angoisses et les tourments de ces jeunes, car, il ne faut pas se leurrer, ce n’est pas parce qu’on est fils de diplomate que la vie est plus facile.

Le seul reproche concernant Fall est la façon dont les dialogues sont présentés : parfois, on a du mal à s’y retrouver et on ne saurait dire qui parle à qui. La phraséologie est fréquemment réduite à sa plus simple expression, ce qui peut en agacer certains. Oui, cet ouvrage relate le point de vue et la manière de penser de jeunes de 18 ans, mais ils ont quand même, souhaitons-le, les capacités intellectuelles de pondre des phrases de plus de trois mots et de s’exprimer autrement qu’en monosyllabes. Mais, dans l’ensemble, c’est un livre intéressant pour quiconque aime le style ado-superpuissant-mais-encore-un-gamin-au-fond-de-lui-même. Un ouvrage qui nous montre jusqu’où les sentiments amoureux peuvent mener…

Colin McAdam est titulaire d’un doctorat en littérature. Son premier roman, Some Great Thing, a été finaliste à de nombreux prix littéraires d’envergure et a même remporté le Amazon.ca/Books in Canada First Novel Award. Fall était en lice pour le prix Giller en 2009.

Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0