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SALON DU DISQUE ET DES ARTS UNDERGROUND DE MONTRÉAL

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Revenir de loin

LABERGE, MARIE

Boréal

dimanche 9 janvier 2011, par Éric Dumais

(4/5) Yolande Mailloux a 57 ans. Un beau jour, elle se réveille dans un lit d’hôpital, sans trop savoir qui elle est, où elle est, et ce qui a bien pu lui arriver. Pire encore : les gens qui s’agitent autour d’elle sont de purs inconnus à ses yeux. Évidemment, le coma a causé de sérieux dégâts ; Yolande est devenue amnésique. Qui était-elle pour avoir une fille aussi étourdissante et anxieuse qu’Annie ? Qui était-elle pour avoir osé marier un incapable comme Gaston, dont l’arôme du parfum lui lève le cœur ? Yolande est dans l’incapacité de saisir ne serait-ce qu’une bribe de son passé, mais ce qu’elle sait par-dessus tout, c’est qu’elle n’aime pas ce qu’elle était jadis. Son souhait le plus cher serait de se rendormir, à tout jamais.

« Donc, elle n’est pas morte. Le docteur Therrien n’est pas le concierge du paradis – avec un nom pareil, ce serait un comble – et ouvrir les yeux n’est pas une étape pour accéder à l’au-delà. Elle vit. Elle respire. Elle est là, étendue dans un lit anonyme, sans mémoire, sans espoir, sans douleur. Comme une roche. Elle vit, et tout ce qu’elle sait, c’est qu’elle aimerait mieux pas. Elle s’appelle madame Mailloux, elle doit avoir un corps, même si elle ne le sent pas. Une famille aussi, puisque le médecin a parlé de la prévenir. »

Marie Laberge s’est aventurée dans un défi de taille en écrivant Revenir de loin, et c’est probablement ce qui fait la grandiloquence d’un tel ouvrage, car elle a tenté, suite à maintes recherches, de comprendre les subtilités du coma, cette abolition de la conscience, dont on ne connaît pas grand-chose encore aujourd’hui. On sait par contre que chaque individu réagit différemment : « Le coma est aussi mystérieux que le cerveau d’une personne : on peut le décortiquer en périodes, on a des statistiques, mais au fond, on en sait très peu sur les mécanismes déclencheurs », affirme le docteur Cantin dans le récit.

Avec la publication de ce dixième roman, la romancière québécoise prouve une fois de plus qu’elle est au sommet de son art. En effet, elle possède le don spécial de donner vie à des personnages réalistes et fort attachants, en plus d’offrir une dimension poétique à son œuvre. Elle nous fait redécouvrir les textes de nos plus grands poètes québécois et français, entre autres, Hector de Saint-Denys Garneau, Anne Hébert, Victor Hugo, Charles Baudelaire, Gaston Miron et Émile Nelligan. Revenir de loin est un hymne à la vie et à l’espoir, autour duquel gravitent les thèmes habituels (la perte d’un enfant, la relation mère-fille et l’exigence amoureuse), dans un récit touchant qui démontre beaucoup d’à-propos.

Marie Laberge a étudié à Québec chez les Jésuites, puis à l’Université Laval en journalisme, pour terminer sa course au Conservatoire d’art dramatique, section jeu. Ses nombreuses pièces ont été traduites et jouées dans divers pays, dont le Canada, l’Allemagne, la Suisse et l’Italie. Elle a écrit une vingtaine de pièces de théâtre et publié dix romans aux Éditions du Boréal, notamment sa trilogie Le goût du bonheur, qui s’est vendue à plus de 500 000 exemplaires.

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