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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

LE SECOND ABÉCÉDAIRE DE DAVID KURZY

KRAXI

L’Hexagone

dimanche 19 septembre 2010, par Éric Dumais

(3/5) « Une muse à minijupe et à string, seins libres pointant sous un t-shirt qui laisse à découvert le ventre, nombril percé d’un anneau, jupe à taille si basse qu’on entrevoit les premiers poils de la toison, et si courte qu’on devine la fente, ce qui y flambe. Dans une espèce de numéro de strip-tease, la déesse d’un coup arrache son pagne, libérant un sexe, qui tient de la vulve et du pénis ; c’est selon les regards du voyeur, yeux qui pénétrés pénètrent. »

À l’instar du premier tome nommé Le Premier Abécédaire de David Kurzy, ce second volet, qui fait partie d’un triptyque avec les Carnets de David Kurzy, est la continuité du récit de cet écrivain et poète qui refuse d’accepter sa propre identité. Dans cette suite à la fois complexe et tumultueuse, le personnage, lequel est plus que jamais alimenté d’un esprit tirailleur au comble de la dérision, nage dans un espace-temps à ciel ouvert, à la découverte des différentes couches de son inconscient, qui se situe à la limite d’un « […] système onirique qui cherche tant bien que mal à casser la notion de genre », explique l’auteur dans un entretien avec les Éditions de l’Hexagone. Mais ce qui rend le personnage encore plus complexe, c’est probablement la hargne qu’il entretient face à tout ce qui brime la liberté de l’individu, notamment les religions – l’idéologie judéo-chrétienne -, mais aussi la société capitaliste, qui s’efforcent, de concert, de brimer les droits fondamentaux de tout un chacun en refusant les plaisirs de la chair, qui sont le désir, la jouissance et la sexualité. Dans ce récit, David Kurzy est un être de chair, un être à la sexualité ouverte et exacerbée, qui n’a d’autre désir que celui du nomadisme, de l’errance. C’est un adolescent innocent qui est alimenté par l’énergie de sa sexualité, laquelle contraste durement avec la maturité et l’âge adulte, qu’il semble avoir bien du mal à accepter.

David Kurzy, c’est Marcel Bélanger, mais aussi le singulier Kraxi. C’est un double, une seconde nature, à savoir une personnalité plus sombre et mystérieuse de l’auteur. Et tout remonte à l’adolescence, cette période si bouleversante et tumultueuse pour ce dernier, au cours de laquelle il a traversé certaines épreuves, qui l’ont conditionné à mépriser son identité et à vivre comme un nomade dans un monde auquel il n’appartient pas. Le triptyque des abécédaires, en outre, c’est le récit de l’écrivain-personnage qui navigue dans les aléas de la vie, à la quête d’un être humain totalement nouveau.

La prose pointilleuse de Marcel Bélanger, alias Kraxi, se veut le reflet précis de son immense talent. Jadis homme de lettres, fondateur et directeur de plusieurs revues littéraires au Québec, mais aussi professeur à l’Université Laval, Marcel Bélanger est un être complexe qui possède une maîtrise étonnante de la langue française. Ce prosateur hors pair a su, à travers cet ouvrage déconcertant, transporter le lecteur à travers une poésie éclatée, où la structure narrative est rompue, disloquée, voire éparpillée. C’est à travers ces différents fragments que nous apprenons à côtoyer David Kurzy, cet être insaisissable, qui s’avère si attachant en même temps.

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