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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

ESPÈCES

CHEN, YING

Boréal

dimanche 17 octobre 2010, par Éric Dumais

(4/5) La vie est parfois semée d’embûches, d’épreuves et de difficultés que nous devons surpasser si nous désirons un jour être heureux et bénéficier d’un style de vie qui convient le mieux à notre personne. Mais que se passe-t-il lorsque nous sommes arrivés au bout du rouleau ? Comment en tant qu’être humain pouvons-nous nous relever d’aplomb lorsque notre vie sociale et amoureuse ne présage plus rien de bon, lorsque, finalement, tous nos espoirs demeurent déchus ? La protagoniste du dernier roman de Ying Chen a trouvé une bonne façon de fuir les embêtements, et c’est ce qui fait de ce dixième souffle créatif, qui s’intitule Espèces, un roman fictif d’une ambition démesurée, mais également un excellent ouvrage sociologique actuel et moderne à la fois.

« Je suis un ange déchu de l’humanité, une femme déroutée, un enfant perdu […]. Dans ma nouvelle vie actuelle, je n’ai plus de défaut. Ou ils ne paraissent plus comme tels. Tout est devenu si simple. » La protagoniste du roman n’est pas heureuse. Elle avance dans la vie à tâtons, à reculons, sans motivation aucune, sans traces d’espérance. Sa vie tourne en rond, sa relation avec son mari devient un empoisonnement de plus en plus nocif pour sa santé, et elle n’a plus la force d’affronter la vie la tête haute. Elle s’est donc trouvé un nouveau refuge, qui lui permet enfin de prendre un certain recul et de se questionner sur l’existence et l’humanité. Et comment a-t-elle réussi à fuir son quotidien ? En devenant une chatte, tout simplement.

La protagoniste du roman Espèces se transforme en félin afin d’accéder à la non-existence, ou plutôt à l’existence oisive, voire une vie dénuée de sens, d’ambitions et de réalisations. « Finis les ignobles accommodements, le mensonge et le maquillage, la fastidieuse tâche de plaire, de passer pour ce qu’on est pas, la nécessité de s’abaisser ou de se mettre sur la pointe des pieds, de se salir ou de s’embellir, d’applaudir encore et encore […], la besogne de discuter, de convaincre ou de céder douloureusement […]. La protagoniste traverse une crise existentielle aigüe au cours de laquelle elle va devoir, si elle veut combattre ses démons, régresser à l’état animal et exorciser ses peurs, ses regrets et ses inquiétudes. C’est grâce à sa nouvelle vie et sa nouvelle forme qu’elle va réussir ou échouer sa tentative désespérée de cohabiter avec son mari, qu’elle aime et déteste tant à la fois, et ainsi tenter de restituer l’être qu’elle était auparavant. Espèces est un roman réaliste qui permet un nouvel éclairage sur les relations de couple moderne et sur le sens de la vie en général. Ying Chen sait allier l’humour à l’absurdité afin de traiter d’une révolte intérieure où la disparition demeure peut-être la solution la plus appropriée pour vivre sainement à notre époque.

Ying Chen est née en 1961 à Shanghai. Elle est établie à Montréal depuis 1989. À ce jour, elle a écrit une dizaine de romans, notamment L’Ingratitude, grâce auquel elle s’est méritée le titre de finaliste pour le prix Femina en 1995. Au cours de la même année, elle a remporté le prix Québec-Paris, et l’année suivante le Grand Prix des lectrices du magazine Elle Québec. Ying Chen est également l’auteur d’Immobile (1998), Le champ dans la mer (2002), Le mangeur (2006) et Un enfant à ma porte (2008).

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