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SALON DU DISQUE ET DES ARTS UNDERGROUND DE MONTRÉAL

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Auto-stop

BÉLANGER, DANIEL

Les Allusifs

dimanche 11 décembre 2011, par Vanessa Hauguel

Daniel Bélanger, auteur-compositeur-interprète, sait aussi composer des mots pour nous émouvoir autant qu’avec ses guitares. Dans Auto-stop, il joue des mots et en tire une musique bien touchante.

C’est sur les pas incertains de Vincent, 19 ans, inspiré sans doute de Daniel Bélanger à une certaine époque, que nous sommes emportés, à travers ses tourments et ses méditations sur l’existence, où des questions sur les peurs d’exister s’entremêlent et se démêlent.

Vincent, attachant et détaché, quitte l’Amérique en vue du vieux continent, d’abord la France, puis l’Italie. En quête de l’autre et de lui-même, nous sommes amenés à le suivre comme un ange gardien dans ses tourments, au fil de ses déambulations. Pétri dans son indécision et dans sa tête froide, son arrogance et sa nonchalance, il reste immuable devant le monde qui l’entoure, jusqu’à la rencontre d’Anna, de cette « improbable collision / de deux êtres volontaires », qui viendra soudainement bouleverser son imperméabilité. En quête de sens, à travers son errance et l’insaisissable Anna, sa quête aboutira en lui-même. L’énigme d’Anna révèlera quelques réponses aux énigmes en lui.

Le titre Auto-stop, fait peut-être ici référence à cette quête constamment interrompue, de repères autant que de points de fuite où tout est synonyme aussi de son ambivalence : « je faisais de l’auto-stop sans trop savoir si j’en avais envie ou non » (p. 9). Les mots de Bélanger miroitent les thèmes qui lui sont chers, le nomadisme des sentiments, l’amour… En nous réservant aussi, quelques passages sur la musique. Toutefois, dans cette errance et les fuites hasardeuses, se dessine un thème allant bien au-delà de l’errance ; cette crainte de vivre, de sentir, de plonger, d’aimer, de s’y perdre.

Le format de l’œuvre est aussi leste que son contenu (un mince 80 pages à la couverture bleu ciel) et l’écriture en prose poétique, centrée, en vers, laisse présager une prose plus abstraite, mais non, c’est bien une histoire racontée simplement et laissant rapidement place à la fascination. Bélanger a choisi d’écrire son récit comme il aurait écrit sa musique, avec un rythme, et ses paroles sans musique laissent tout de même entendre sa voix, qui nous emporte comme dans ses chansons. Quelques petites maladresses à certains moments, très vite oubliées et ajoutant presque au caractère initiatique du récit. Sa prose, parfois crue, surtout poétique et authentique rend avec justesse les états d’âmes du narrateur.

Un court récit bien prégnant, intimiste et puissant, nous faisant passer un moment de lecture magique et intense.

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