[] [] [] [] [] []

Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

Accueil du site > Bouquinerie > ARCHAMBAULT, GILLES

Un promeneur en novembre

ARCHAMBAULT, GILLES

Boréal

dimanche 20 février 2011, par Josée Paquet

(4.5/5) Solitude : État d’abandon, de séparation, dans lequel se sent l’être humain en face des consciences humaines ou de la société. (Source : Le Petit Robert). L’exploitation de ce thème dans une œuvre littéraire est ardue, surtout si l’on cherche à éviter de sombrer dans le désespoir. Gilles Archambault a su, avec Un promeneur en novembre, s’approprier ce concept de façon magistrale. Dans le style empreint de simplicité et de sensibilité qui lui est propre, l’auteur nous livre, à travers ce recueil de dix-sept nouvelles, la façon dont chacun des personnages vit sa propre solitude, qu’elle soit arrivée après un décès (un vieil homme ayant perdu son épouse), après des relations familiales disloquées (un fils ne parlant plus à son père), ou même dans la vie de couple (une jeune femme enceinte dont le conjoint se fiche éperdument).

Plusieurs de ces nouvelles tournent autour de personnes d’une soixantaine d’années ou plus, de la mort, de l’abandon, de l’alcoolisme, de séparation, mais sans jamais tomber dans l’excès ; l’auteur livre le tout dans une prose magnifique et nous captive dès les premiers instants de notre lecture. Si un livre pouvait parler, il nous raconterait celui-ci en chuchotant, tellement les phrases sont douces pour les yeux.

Sans faire de tapage, le romancier nous fait découvrir l’univers de ses protagonistes. Jamais les personnages ne sont cyniques ou agressifs (si, une fois peut-être, dans Le chagrin des autres), et c’est ce qui fait que malgré la complexité du thème exposé, la lecture soit fort agréable et fluide ; ces hommes et ces femmes font le constat de leur vie, dont certains aspects ont été ratés, en gardant toutefois l’espoir, infime parfois, que le bonheur leur soit encore accessible. Ces personnes ne sont pas au bord de l’abîme ; elles se sentent seules, mais malgré tout, prêtes à faire face à l’inévitable. Encore une fois, monsieur Archambault a su manier les mots à la perfection, sans lourdeur, sans cette vulgarité et cette familiarité qui caractérisent malheureusement trop d’ouvrages contemporains. Un recueil à conserver pour le lire, encore et encore, un véritable sucre d’orge pour l’esprit.

Gilles Archambault est né à Montréal en 1933. Prolifique écrivain comptant plus d’une trentaine d’œuvres à son actif, il a mérité le prix Athanase-David en 1981 pour l’ensemble de son œuvre. Il signe plusieurs textes pour les quotidiens Le Devoir et La Presse, de même que pour les périodiques L’Actualité, Liberté, Cité libre et Le Livre d’ici. Il est l’auteur, entre autres, de l’Obsédante obèse et autres agressions (Prix du Gouverneur général, 1987) et de Les rives prochaines (2007).

« Il prend une gorgée de bière, me regarde avec ce qui ressemble à de la reconnaissance. Je n’avais pas éprouvé une impression semblable depuis belle lurette. Ces temps-ci, il me semble que j’ennuie les gens, pire, que je les indispose. La dernière personne à qui j’ai parlé plus de quelques minutes, c’est Sylvie. Mon ex m’en veut à mort. Je la comprends. »

Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0