[] [] [] [] [] []

Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

Accueil du site > Bouquinerie > ARBOUR, MARIE-CHRISTINE

Drag

ARBOUR, MARIE-CHRISTINE

Tryptique

dimanche 20 mars 2011, par Josée Paquet

(4/5) Deux personnages, Nicolaï et Claire. L’un a 35 ans, artiste peintre, chemise, cravate et cheveux courts ; l’autre en a 69, s’habille toujours avec la même robe noire de matrone, se coiffe de son sempiternel chignon et joue de la musique. Mais attention : les apparences sont parfois trompeuses…

Marie-Christine Arbour nous entraîne dans l’univers particulier de Claire et Nicolaï, deux êtres qui assument totalement leur marginalité. Depuis sa majorité, Claire cherche à éliminer toute trace de féminité en elle : cheveux quasi rasés, habits masculins, refusant tous les artifices et accessoires de coquetterie qui la feraient entrer dans le moule forgé par la société. Après sa rupture avec Ian, le garçon parfait qui fait tourner les têtes (hommes et femmes confondus), elle part pour Vancouver afin de trouver un sens à sa vie.

C’est là qu’elle tombe sous le charme de sa voisine, une espèce de matrone, fumant quotidiennement à l’extérieur de son appartement ; mourant d’envie de la connaître davantage, Claire lui écrit des messages qu’elle jette sur le balcon de Babouchka, comme elle l’a baptisée intérieurement. Mais l’objet de ce désir s’avère en fait être un vieux Russe, musicien raffiné, renié par ses pairs pour avoir eu une aventure avec un jeune flûtiste. Les deux personnages vivent alors une histoire d’amour hors du commun, où la simplicité volontaire est la norme et où la richesse est bannie.

L’auteure manie le verbe de façon admirable ; les phrases sont courtes et concises. Ici, on ne passe pas deux pages à décrire un caillou sur la chaussée, on va droit au but. Le courant qui passe entre Claire et Nicolaï est quasi palpable pour le lecteur. Madame Arbour soulève, avec son roman, un voile qui sépare malheureusement trop souvent les gens vivant en marge de la société, qui sont à contre-courant des conventions édifiées par notre époque et souvent victimes, à tort, de préjugés divers. La complexité des personnages ne rend pas la lecture plus ardue, bien au contraire : on s’attache fort rapidement à ces deux êtres qualifiés d’excentriques par notre société contemporaine, mais qui aspirent simplement, comme n’importe qui, à trouver le bonheur. Une histoire originale et sensuelle, où les contraires se côtoient du début à la fin de façon admirable.

« Jusqu’ici elle s’est méfiée de la vie. Elle s’est séparée des autres. Elle avait besoin de mentir. Les sentiments l’épuisaient. - Tu es si secrète, lui reprochait Ian. Elle se taisait. Elle allait s’enfermer dans la salle de bains. Elle ne pleurait pas. Elle ne voulait pas s’avouer vaincue. Oui, un jour, elle vendrait une toile. En attendant, elle se noierait dans un verre d’eau. »

Marie-Christine Arbour est native de Montréal. Elle a travaillé plusieurs années comme traductrice en Colombie-Britannique. Elle est l’auteure d’Une mère et de Deux et deux ; elle a aussi écrit plusieurs nouvelles, publiées notamment dans Moebius. Drag est son troisième roman.

Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0