Arnaud Cordier : Par le choix délibéré de faire de la musique instrumentale, quels sont les sentiments, les messages que vous véhiculez sans le support écrit ? Est-ce plus dur de faire passer une émotion ?
Holding Pattern : En fait, au départ nous avions du chant et ce sur pas mal de compositions. Nous avons décidé finalement que peu importe le sens de la pièce que nous jouions, il devenait de plus en plus embarrassant d’y apposer des mots. L’écriture est avant tout une collaboration et le fait de mettre un texte personnel sur le travail de 4 personnes se muait en problème pour le groupe à part entière. Nous ne colportons pas de véritables messages ou d’émotions particulières. Certaines idées ressortent plus que d’autres, les pièces évoluent par la tension, d’autres par l’apaisement, elles nous reflètent et en disent un peu plus sur nos états, nos humeurs.
AC : Votre son est clair, sans effusion d’effets de tout genre, est-ce une volonté de garder une certaine simplicité qui vous permet de concentrer le travail sur les harmonies ?
HP : Il y a d’abord un côté pratique, notre base est très minimale, guitares et batterie, pas de micros, etc. D’un autre côté, cette simplicité nous permet de mettre l’accent sur les mélodies, le rythme et les autres aspects rattachés à la musique. Nous pouvons toujours jouer plus fort ou plus calmement avec des dissonances, assonances et résonances.
AC : Les 4 membres ont tous des projets différents, est-ce que cet éparpillement débouche sur des choix, des priorités à cause des horaires par exemple, et sentez-vous les influences de ces projets sur la musique de Holding Pattern ?
HP : Tous les projets dans lesquels nous évoluons ont chacun leur espace et leur objectif. Evan joue dans 4 groupes différents, il est très occupé mais c’est son choix. Je joue dans deux groupes, Lee et Scott ont un projet commun. Je ne pense pas que nous devons choisir un projet prioritaire. Nous dépendons pas mal de l’horaire d’Evan mais il lui reste encore beaucoup de temps pour HP. D’un point vue créatif, ces expériences sont très différentes les unes des autres et ce qui marche pour un groupe ne marchera pas pour l’autre, il n’y pas de connexion.
AC : Chicago n’est pas très éloigné de Toronto, je suis sûr que des personnes ont fait le rapprochement entre votre son, votre structure musicale et la scène de la ville lacustre (ce qui est plutôt positif). Seriez-vous ennuyé avec la comparaison et vous semble-t-elle juste ?
HP : Honnêtement, il y a longtemps que le rapprochement a été formulé, c’est quelque chose qui nous a été dit au début et une critique récente de l’album y fait référence. Nous écoutons et sommes influencés par tellement de musiques diverses que toute similitude serait une coïncidence. Nous jouons bientôt sur place, nous pourrons juger si le rapprochement est hasardeux ou pas.
AC : Vos compositions sont toujours en mouvement, vous faites appel à un sax sur AB, ce qui donne une autre direction à la chanson. Est-ce quelque chose que vous comptez élaborer dans le futur, plus d’instrumentations ?
HP : Nous sommes pour l’instant en plein enregistrement du prochain album. On sortira d’ici là un EP mais nous avons commencé à créer plus d’espace pour l’expérimentation. C’est ce vers quoi Lee et moi sommes attachés pour le moment. Notre but est de réaliser un album qui dépasse le son de Small M Manifesto, le transcende. Ce qui pourrait impliquer d’autres instruments ou un mixe minutieux. Rien n’est décidé pour l’instant.
AC : Dernière question : vous allez tourner bientôt au Canada et aux États-Unis, à quoi doit-on s’attendre ? Gardez-vous le même esprit que sur l’album ?
HP : Nous n’avons gardé que 4 pièces de Small M car nous les jouons depuis longtemps. Le tout est définitivement plus dur et plus fort sur scène et certaines nouvelles pièces sont plus bruyantes, complexes que sur l’album. Nous sommes au bout de ce genre, je pense que nos prochaines inspirations seront plus calmes, plus douces.
